Nouveau traité de la versification française

C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur

Pense de l’art des vers atteindre la hauteur;

S’il ne sent point du ciel l’influence secrète,

Si son astre en naissant ne l’a formé poëte,

Dans son génie étroit il est toujours captif;

Pour lui Phébus est sourd et Pégase est rétif.

Boileau

Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent.

Le même

Introduction

Tous les livres ont leur histoire; celui-ci a aussi la sienne, que je m’en vais raconter en guise de préface. Un auteur — n’est-ce pas plutôt un lecteur — a dit: Les préfaces sont faites pour ne pas être lues. Je suis assez de cet avis. Il se pourrait cependant que celle-ci fît exception à la règle; elle exhale un parfum d’anecdote qui la sauvera peut-être de la destinée commune.

Nous sommes tous d’Athènes en ce point.

La Fontaine, Le Pouvoir des Fables

Je passe une grande partie de la belle saison dans un petit ermitage sis sur les bords fleuris de la Seine, entre Boulogne et Billancourt; c’est là qu’est né ce Traité de versification. Voici en quelle circonstance. Dans les environs de mon ermitage, on rencontre souvent un jeune enfant d’une douzaine d’années, très-éveillé, très-intelligent et très-blond. Or, ce jeune est mon filleul, et je transcris ici le compliment de bonne année qui jaillissait de sa veine poétique le :

Mon cher parrain, permettez aujourd’hui à mon cœur

De vous exprimer ce qu’il ressent de bonheur

En vous disant combien il vous aime,

Et combien c’est pour lui une joie suprême!

Hélas! je suis, moi, le petit arbrisseau

Qui s’appuie contre le solide ormeau.

L’ormeau c’est vous, mon bien-aimé parrain;

C’est vous qui dirigez mes pas dans le chemin,

C’est vous qui modérez l’essor de mon jeune âge,

C’est vous qui me donnez le désir d’être sage.

Ainsi le jeune oiseau imite sa mère

Quand elle s’élance de la branche légère;

Ainsi dans l’avenir, à jamais, je suivrai

La route du bien que vous m’avez montrée.

Proh pudor! un pareil morceau adressé à l’École Normale et à la Lexicologie! Je fus sur le point de ne pas embrasser mon filleul, par amour pour la poésie. Dès le printemps suivant, au lieu de gaspiller nos jeudis à poursuivre les papillons et à cueillir les violettes sur les pelouses du parc de Saint-Cloud, nous nous installâmes, mon filleul et moi, au milieu d’une petite salle verte, où je lui expliquai les règles de la versification. Il faut croire que ces leçons avaient été profitables, car le matin du , mon jeune poète triomphant me déclamait le petit morceau qu’on va lire:

Voyons, mon cher parrain, suis-je un peu plus poëte

Que l’an dernier? — Eh bien!… parlez, dites-le-moi.

Si vous répondez oui… c’est à vous que je doi

Cette métamorphose agréable et complète.

Ah! je ne croyais pas que vos simples leçons,

Que j’écoutais parfois avec indifférence,

Pendant qu’autour de nous babillaient les pinsons,

Pouvaient si promptement bannir mon ignorance.

Maintenant, je connais l’art des vers, ce grand art

Qui fait placer le mot sans gêner la pensée,

Et qui sait, dans la strophe ardente et cadencée,

Verser du sentiment le sublime nectar.

Et je veux, mon parrain, que ma strophe première

Soit pour vous, qui m’avez guidé si sûrement;

À vous qui, le premier, m’ouvrîtes la carrière,

Je veux vous dédier mon premier compliment.

Un jour, quand des auteurs la cohorte choisie

Aura mis dans mon cœur un précieux levain,

Je ne vous offrirai plus de vers, mon parrain:

Mes vers s’appelleront peut-être: Poésie!

La métamorphose était complète. Une critique sévère aurait bien pu trouver encore à reprendre çà et là dans ce morceau; par exemple, quelques velléités de romantisme, un suprême dédain de la césure, un amour trop prononcé pour l’enjambement; mais mon filleul, qui a bientôt treize ans, aurait peut-être murmuré entre ses dents le mot perruque! et puis c’était le , ce jour bénin, ce jour menteur où l’on voit tout couleur de rose. Bref, je dis à mon filleul qu’il avait mis au jour un chef-d’œuvre, et il s’en alla radieux emportant sous son bras les œuvres de Racine.

Eh bien, amis lecteurs, ce sont les notes, ce sont les cahiers mêmes du jeune écolier que nous allons donner ici. Notre seul désir est que cet ouvrage, mis entre les mains des élèves studieux, produise les mêmes résultats. Les parrains et les marraines de France seront débarrasés à tout jamais de ces fades, insipide et banals compliments qui étalent leurs métaphores menteuses au milieu de feuilles enjolivées, au bas desquelles on pourrait écrire: Tournez, vous aurez la réponse.

Première partie

Règles de la versification

1. Tout ce qui n’est pas prose est vers, et tout ce qui n’est pas vers est prose, disait le professeur de philosophie à M. Jourdain. Quoiqu’elle ne soit pas profonde, cette définition est rigoureuse. Mais qu’appelle-t-on prose? qu’appelle-t-on poésie? La poésie est l’imitation de la belle nature exprimée par le discours mesuré. S’agit-il d’exciter des émotions profondes, ou d’inspirer des sentiments élevés? On se sert de mots recherchés; la parole est accentuée, la phrase cadencée, le ton musical: c’est de la poésie.

Si l’on compare la prose à un paysage parsemé de bouquets d’arbres, varié de champs cultivés ou agrestes, la poésie nous représentera un parc dans lequel les arbres sont taillés et rangés en allées; des statues de marbre blanc, placées de distance en distance, varient la perspective et réveillent des souvenirs; aucune herbe sèche, aucune branche morte ou cassé par l’ouragan ne vient attrister les yeux; la terre, soigneusement entretenue, ne vous présente, dans les massifs de fleurs disposés avec art, que de riches tapis sur lesquels brillent à l’envi des broderies où l’or, l’argent, le rubis, le saphir, l’émeraude, le topaze, sont répandus avec un goût exquis. C’est toujours la nature; mais, d’un côté, elle est simple, belle par hasard; de l’autre, elle est rehaussée par le génie et nous montre à la fois toutes ses richesses.

— Alexandre Gossart, Traité complet de la versification

Mais nous ne nous occupons ici que d’un traité des règles de la versification, qu’il ne faut pas confondre avec la poésie. Celle-ci, en effet, consiste dans la hardiesse et l’élévation des pensées, dans l’éclat des images, dans la noblesse du style, qualités qui font les grands poètes; tandis que la première ne repose que sur l’observation des règles mécaniques du vers, des lois de sa construction. Tels sont les principes que nous nous proposons d’enseigner à l’élève dans cet ouvrage, et nous n’en ferons qu’un versificateur,

S’il ne sent point du ciel l’influence secrète,

Si son astre en naissant ne l’a formé poète.

Boileau, L’Art poétique

De la mesure des vers

2. Les vers français diffèrent de la prose en deux points principaux: la mesure et la rime.

Dans les vers français, chaque syllabe se nomme pied; ainsi, au lieu de dire un vers de six, de dix, de douze syllabes, on dit plus généralement un vers de six, de dix, de douze pieds.

Il y a des vers de douze, de dix, de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, de deux et même d’un pied. Les vers de neuf et de onze pieds sont inusités.

Voici une pyramide présentant deux vers de chacune de ces mesures:

1 pied Vous
Tous,
2 pieds Poètes,
Ah! faites
3 pieds Que vos chants,
Attachants,
4 pieds Aillent à l’âme
En jets de flamme!
5 pieds Qu’en tous vos écrits
Les mots soient compris
6 pieds Si vous peignez la guerre,
Que le bruit du tonnerre,
7 pieds Nous semble au loin résonner
Et nous fasse frissonner.
8 pieds Du lecteur conquérez l’estime
En sachant varier la rime;
10 pieds À la césure arrêtez bien le sens;
Soyez surtout sobres d’enjambements;
12 pieds Fuyez le prosaïsme; observez la mesure,
Et vos écrits vivront autant que la nature.

Syllabes muettes à la fin et dans le corps d’un vers

3. Quand un vers se termine par une syllabe muette, cette syllabe ne compte jamais dans la mesure du vers:

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde.

La Fontaine, Le Lion et le Rat

Elle ne compte pas non plus dans le corps du vers quand elle est suivie d’un mot qui commence par une voyelle ou un h muet:

Ma file, il faut céder: votre heure est arrivée.

Racine, Iphigénie

4. Ces syllabes comptent devant une consonne ou un h aspiré:

Le masque tombe, l’homme reste,

Et le héros s’évanouit.

Jean-Baptiste Rousseau, Ode à la fortune

5. Si l’e muet est suivi des lettres s, nt, il ne compte pas pour une syllabe à la fin du vers:

Le sage est ménager du temps et des paroles.

La Fontaine, Démocrite et les Abdéritains

Mais sur le front des camps déjà les bronzes grondent.

Lamartine, Les Préludes

6. Mais il compte toujours pour une syllabe dans le corps du vers, même quand il est suivi d’une voyelle ou d’un h muet:

Craignez d’un vain plaisir les trompeuses amorces.

Boileau

Ni l’or ni la grandeur ne nous rendent heureux.

La Fontaine, Philémon et Baucis. (*)

(*) Dans les troisièmes personnes des verbes en aient, l’e est considéré comme nul, et ces mots peuvent entrer dans le corps d’un vers, même devant une consonne:

Mes larmes t’imploraient pour mes tristes enfants.

Voltaire, Zaïre

Il n’en est pas ainsi pour les verbes en oient, qui, à l’exception de soient, ne peuvent précéder une consonne. Ainsi, ce vers est régulier:

Qu’ils soient de vos écrits les compagnons fidèles.

Celui-ci serait faux:

Les hommes croient toujours les choses qu’ils désirent.

Ces distinctions pourront paraître un peu subtiles; néanmoins, nos meilleurs poètes les ont observées.

7. L’e muet venant à la suite d’une voyelle dans l’intérieur d’un mot, ne compte pas pour une syllabe; ce cas se présent le plus ordinairement dans les mots en uement et en iement, comme dévouement, reniement, et dans les futurs des verbes, comme tuerai, crierons, louerez. Exemples:

Je me dévouerai donc, s’il le faut; mais je pense

Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi.

La Fontaine, Les Animaux malades de la peste

Je vous sacrifierai cent moutons; c’est beaucoup

Pour un habitant du Parnasse.

La Fontaine, Le Pouvoir des fables

Quand ce cas se présent, il est préférable de supprimer l’e muet et de le remplacer par un accent circonflexe.

8. Pour imiter la manière de parler des gens de la campagne, on fait souvent, dans les couplets de vaudevilles et dans les chansons villageoises, des élisions que n’admettrait pas une versification plus châtiée. En pareil cas, les lettres qui ne doivent pas être prononcées sont supprimées et remplacées par une apostrophe.

Exemple:

Je r’grettais toujours mon pays

Dans l’commenc’ment d’not’ mariage;

Vous cherchiez, aimable et soumis,

À m’faire oublier mon village:

Serment par ci, serment par là,

Me plaire était vot’ seule étude,

Et v’là qu’vous m’fait’ quitter tout ça

À présent qu’ j’en ai l’habitude.

Premier Exercice

Dans la fable suivante, l’élève indiquera le nombre de pieds dont se compose chaque vers.

L’Enfant et le miroir

Un enfant élevé dans un pauvre village

12 syllabes

Un/ en/fant/ é/le/vé/ dans/ un/ pau/vre/ vil/lag(e)

syllabe muette à la fin d’un vers

Revint chez ses parents, et fut surpris d’y voir

12 syllabes

Re/vint/ chez/ ses/ pa/rents/, et/ fut/ sur/pris/ d’y/ voir

Un miroir.

3 syllabes.

Un/ mi/roir.

D’abord il aima son image;

8 syllabes.

D’a/bord/ il/ ai/ma/ son/ i/mag(e)

syllabe muette à la fin d’un vers

Et puis, par un travers bien digne d’un enfant,

12 syllabes.

Et/ puis/, par/ un/ tra/vers/ bien/ di/gne/ d’un/ en/fant,

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

Et même d’un être plus grand,

8 syllabes.

Et/ mê/me/ d’un/ ê/tre/ plus/ grand,

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

Il veut outrager ce qu’il aime,

8 syllabes.

Il/ veut/ ou/tra/ger/ ce/ qu’il/ aim(e)

syllabe muette à la fin d’un vers

Lui fait une grimace, et le miroir la rend;

12 syllabes.

Lui/ fait/ u/ne/ gri/mac(e)/, et/ le/ mi/roir/ la/ rend;

syllabe muette dans le corps d’un vers

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

Alors son dépit est extrême;

8 syllabes.

A/lors/ son/ dé/pit/ est/ ex/trêm(e);

syllabe muette à la fin d’un vers

Il lui montre un poing menaçant,

8 syllabes.

Il/ lui/ mon/tr(e) un/ poin/ me/na/çant,

syllabe muette dans le corps d’un vers

Il se voit menacé de même.

8 syllabes.

Il/ se/ voit/ me/na/cé/ de/ mêm(e).

syllabe muette à la fin d’un vers

Notre marmot fâché s’en vient, en frémissant,

12 syllabes.

No/tre/ mar/mot/ fâ/ché/ s’en/ vient/, en/ fré/mis/sant,

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

Battre cette image insolente;

8 syllabes.

Bat/tre/ cett(e)/ i/mag(e)/ in/so/lent(e);

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

syllabe muette à la fin et dans le corps d’un vers

Il se fait mal aux mains; sa colère en augmente;

12 syllabes.

Il/ se/ fait/ mal/ aux/ mains/; sa/ colèr(e)/ en/ au/gment(e);

syllabe muette à la fin et dans le corps d’un vers

Et, furieux, au désespoir,

8 syllabes.

Et/, fu/ri/eux/, au/ dé/ses/poir,

ieu monosyllabique ou dissyllabique

Le voilà, devant ce miroir,

8 syllabes.

Le/ voi/là/, de/vant/ ce/ mi/roir,

Criant, frappant la glace,

6 syllabes.

Cri/ant/, frap/pant/ la/ gla/c(e),

ian toujours dissyllabique

Sa mère, qui survient, le console, l’embrasse,

12 syllabes.

Sa/ mè/re/, qui/ sur/vient/, le/ con/so/le/, l’em/brass(e),

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

syllabe muette à la fin d’un vers

Tarit ses pleurs, et doucement lui dit:

10 syllabes.

Ta/rit/ ses/ pleurs/, et/ dou/ce/ment/ lui/ dit:

«N’as-tu pas commencé par faire la grimace

12 syllabes.

N’as/-tu/ pas/ com/men/cé/ par/ fai/re/ la/ gri/mac(e)

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

syllabe muette à la fin d’un vers

À cet enfant qui cause ton dépit?

10 syllabes.

À/ cet/ en/fant/ qui/ cau/se/ ton/ dé/pit?

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

— Oui. — Regarde à présent: tu souris, il sourit;

12 syllabes.

— Oui/. — Re/gard(e)/ à/ pré/sent/: tu/ sou/ris/, il/ sou/rit;

syllabe muette dans le corps d’un vers

Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même;

12 syllabes.

Tu/ tends/ vers/ lui/ les/ bras/, il/ te/ les/ tend/ de/ mêm(e);

syllabe muette à la fin d’un vers

Tu n’es plus en colère, il ne se fâche plus.

12 syllabes.

Tu/ n’es/ plus/ en/ co/lèr(e)/, il/ ne/ se/ fâ/che/ plus.

syllabe muette dans le corps d’un vers

syllabe muette devant consonne ou h aspiré

De la société tu vois ici l’emblème:

12 syllabes.

De/ la/ so/ci/é/té/ tu/ vois/ i/ci/ l’em/blèm(e):

ié monosyllabique ou dissyllabique

syllabe muette à la fin d’un vers

Le bien, le mal sont rendus.»

7 syllabes.

Le/ bien/, le/ mal/ sont/ rendus.»

ien prononcé iin

Florian

Des voyelles qui forment ou qui ne forment pas de diphtongue

9. Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot, comme ia, iai, iau, ian, , , ieu, io, ion, etc., il est essentiel de savoir si elles forment deux syllabes ou une seule, c’est-à-dire si elles se prononcent en deux ou en une seule émission de voix; si l’on doit dire i-a ou ia, i-ai ou iai, i-an ou ian, etc. Cette règle, qui n’a qu’une importance secondaire en grammaire, doit être rigoureusemet observée dans la versification; car la régularité du vers en dépend.

10. Ia forme généralement deux syllabes, comme dans di-amant, di-adème, étudi-a, confi-a, vi-ager, etc.; excepté dans diable, diacre, fiacre, liard.

11. Iai forme deux syllabes, comme dans je ni-ai, je dévi-ai, je mari-ai, ni-ais, etc.; excepté dans bréviaire.

Biais est à volonté d’une ou de deux syllabes.

12. Ian et ien, se prononçant ian, forment deux syllabes: étudi-ant, oubli-ant, li-ant; pati-ent, expéri-ence, expédi-ent.

Il faut seulement excepter viande.

13. Iau forme deux syllabes: mi-auler, besti-aux, impé-ri-aux, etc.

14. Ien, se prononçant iin, ne forme en général qu’une syllabe dans les petits mots, tels que bien, chien, rien, mien, tien, sien, je viens, je tiens; excepté li-en, qui en forme deux. Il est de deux syllabes dans les mots plus longs, et, en général, dans les adjectifs d’état, de profession ou de pays, et dans les noms propres, comme grammairi-en, comédi-en, musici-en, histori-en, magici-en, Phrygi-en, Quintili-en, etc. Cependant il est d’une seule syllabe dans chrétien, maintien, obtienne, appartienne. Les poètes font ancien et gardien tantôt d’une, tantôt de deux syllabes.

15. n’est ordinairement que d’une syllabe, comme dans amitié, moitié, pitié, siège, liège, etc.; excepté dans pi-été, sati-été, et dans les verbes en ier, comme humuli-é, mari-é, appréci-é.

16. est toujours monosyllabique, comme diète, lièvre, chaumière; excepté quatri-ème, inqui-ète.

17. Iel est d’une seule syllabe dans ciel, miel, fiel, et de deux dans la plupart des autres cas: essenti-el, artifici-el, matéri-el, véni-el, etc.

18. Ier est de deux syllabes dans les verbes, comme humili-er, justifi-er, appréci-er, etc.

Dans les autres mots, substantifs ou adjectifs, ier est de deux syllabes s’il est précédé d’une consonne double, comme br, dr, tr, bl, cl, etc.: marbri-er, madri-er, meurtri-er, tabli-er, boucli-er.

Il est d’une seule syllabe après une consonne simple, comme papier, mûrier, meunier, premier, dernier, etc.

Hier est, à volonté, de deux syllabes ou d’une seule:

Mais hi-er il m’aborde, et, me prenant la main:

«Ah! monsieur, m’a-t-il dit, je vous attends demain.»

Boileau

Le bruit court qu’avant-hier on vous assassina.

Boileau

19. Ierre est toujours monosyllabique, comme dans lierre, pierre, etc.

20. Ieu est monosyllabique dans les substantifs, comme épieu, milieu, Dieu.

Il est dissyllabique dans les adjectifs, tels que audaci-eux, ambiti-eux, séri-eux; excepté vieux, et l’adverbe mieux.

21. Io est de deux syllabes, comme dans vi-olence, vi-olon, di-ocèse; excepté dans babiole, fiole et pioche.

22. Ion est de deux syllabes dans tous les substantifs, comme religi-on, nati-on, créati-on, et dans les verbes en ier: nous étudi-ons, nous fortifi-ons, etc.

Il est monosyllabique dans les autres cas: nous étions, que nous aimassions.

23. Ui est monosyllabique: construire, fuir, déduire; excepté ru-ine, bru-ine, pitu-ite, fu-ide, su-icide.

24. Oui est de deux syllabes, comme jou-ir, éblou-ir, inou-i; excepté dans l’affirmatif oui.

25. Oe est dissyllabique, comme dans po-ème, po-ète; excepté dans poêle et moelle.

26. Oin est monosyllabique: coin, soin, besoin.

27. Ieur est dissyllabique: antéri-eur, ingéni-eur, supéri-eur.

28. Oue est dissyllabique: jou-et, lou-er, avou-er; excepté fouet et foutter.

29. Ue et ua sont dissyllabiques: attribu-er, du-el, su-er, tu-er, ru-ade; excepté écuelle.

2e Exercice

Dans l’exercice suivant, sur les diphtongues, chaque distique renferme un bon et un mauvais vers; l’élève fera cette distinction.

Des duels avec vous!… arrière, assassinez!… Bon vers

Nous, des duels avec vous!… arrière, assassinez!… Mauvais vers

Ue est dissyllabique. S29

Des/ du/els/ a/vec/ vous/!… ar/rièr(e)/, as/sas/si/nez!… [12 pieds]

Nous/, des/ du/els/ a/vec/ vous/!… ar/rièr(e)/, as/sas/si/nez!… [13 pieds]

Un jour, fuit louis par louis ce qui vint sou par sou. Mauvais vers

Louis est un héros sans peur et sans reproche. Bon vers

Oui est de deux syllabes. S24

Un/ jour/, fuit/ lou/is/ par/ lou/is/ ce/ qui/ vint/ sou/ par/ sou. [14 pieds]

Lou/is/ est/ un/ hé/ros/ sans/ peur/ et/ sans/ re/proch(e). [12 pieds]

Vous le désirez trop pour me le persuader. Mauvais vers

Vous le désirez trop pour me persuader. Bon vers

Ua est disyllabique. S29

Vous/ le/ dé/si/rez/ trop/ pour/ me/ le/ per/su/a/der. [13 pieds]

Vous/ le/ dé/si/rez/ trop/ pour/ me/ per/su/a/der. [12 pieds]

Pour qui prépare-t-on le sacré diadème? Bon vers

Pour qui prépare-t-on le diadème sacré? Mauvais vers

Ia forme généralement deux syllabes.S10

Pour/ qui/ pré/pa/re/-t-on/ le/ sa/cré/ di/a/dèm(e)? [12 pieds]

Pour/ qui/ pré/pa/re/-t-on/ le/ di/a/dè/me/ sa/cré? [14 pieds]

Il logeait tous les jours le diable dans sa bourse. Bon vers

Il logeait tous les jours le diable en sa bourse. Mauvais vers

Ia est d’une syllabe dans diable.

Il/ lo/geait/ tous/ les/ jours/ le/ dia/ble/ dans/ sa/ bours(e). [12 pieds]

Il/ lo/geait/ tous/ les/ jours/ le/ diabl(e)/ en/ sa/ bours(e). [11 pieds]

L’or enchaîne à son cou les diamants du Gange. Bon vers

L’or enchaîne à son cou les diamants de Golconde. Mauvais vers

Ia est de deux syllabes dans di-amant.

L’or/ en/chaîn(e)/ à/ son/ cou/ les/ di/a/mants/ du/ Gang(e). [12 pieds]

L’or/ en/chaîn(e)/ à/ son/ cou/ les/ di/a/mants/ de/ Gol/cond(e). [13 pieds]

L’allégorie habite un beau temple diaphane. Mauvais vers

L’allégorie habite un temple diaphane. Bon vers

Ia forme généralement deux syllabes.

L’al/lé/go/rie/ ha/bit(e)/ un/ beau/ tem/ple/ di/a/phan(e). [13 pieds]

L’al/lé/go/rie/ ha/bit(e)/ un/ tem/ple/ di/a/phan(e). [12 pieds]

Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime. Bon vers

Apprends-moi, Molière, où tu trouves la rime. Mauvais vers

est toujours monosyllabique.

En/sei/gne/-moi/, Mo/lièr(e)/, où/ tu/ trou/ves/ la/ rim(e). [12 pieds]

Ap/prends/-moi/, Mo/lièr(e)/, où/ tu/ trou/ves/ la/ rim(e). [11 pieds]

Mariez le jasmin, le lilas, l’églantier. Bon vers

Mariez les églantiers, les jasmins, les lilas. Mauvais vers

Ier est de deux syllabes dans les verbes. S18

Ma/ri/ez/ le/ jas/min/, le/ li/las/, l’é/glan/tier. [12 pieds]

Ma/ri/ez/ les/ é/glan/tiers/, les/ jas/mins/, les/ li/las. [13 pieds]

Il n’est point de degré du médiocre au pire. Bon vers

Il n’est point de degré du médiocre au mauvais. Mauvais vers

Io est de deux syllabes. S21

Il/ n’est/ point/ de/ de/gré/ du/ mé/di/ocr(e)/ au/ pir(e). [12 pieds]

Il/ n’est/ point/ de/ de/gré/ du/ mé/di/ocr(e)/ au/ mau/vais. [13 pieds]

L’accoutumance ainsi rend tout familier. Mauvais vers

L’accoutumance ainsi nous rend tout familier Bon vers

Ier est d’une seule syllabe après une consonne simple, fami-lier.

L’ac/cou/tu/manc(e)/ ain/si/ rend/ tout/ fa/mi/lier. [11 pieds]

L’ac/cou/tu/manc(e)/ ain/si/ nous/ rend/ tout/ fa/mi/lier. [12 pieds]

3e Exercice

Dans l’exercice suivant, sur les diphtongues, chaque distique renferme un bon et un mauvais vers; l’élève fera cette distinction.

L’un miaule en grondant comme un enfant qui crie. Bon vers

L’un miaulait en grondant comme un enfant qui crie. Mauvais vers

Iau forme deux syllabes. S13

L’un/ mi/aul(e)/ en/ gron/dant/ comm(e)/ un/ en/fant/ qui/ crie. [12 pieds]

L’un/ mi/au/lait/ en/ gron/dant/ comme(e)/ un/ en/fant/ qui/ crie. [13 pieds]

L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux. Bon vers

Divine amitié, bienfait venu des dieux. Mauvais vers

est ordinairement d’une syllabe, comme dans amitié. S15

L’a/mi/tié/ d’un/ grand/ homm(e)/ est/ un/ bien/fait/ des/ dieux. [12 pieds]

Di/vin(e)/ a/mi/tié/, bien/fait/ ve/nu/ des/ dieu. [11 pieds]

Nous avons oublié la sensible piété. Mauvais vers

Nous avons oublié l’aimable piété. Bon vers

est ordinairement d’une syllabe, mais pi-été fait exception.S15

Nous/ a/vons/ ou/blié/ la/ sen/si/ble/ pi/é/té. [13 pieds]

Nous/ a/vons/ ou/blié/ l’ai/ma/ble/ pi/é/té [12 pieds]

La douce illusion amusa mon sommeil. Bon vers

Une douce illusion amusa mon sommeil. Mauvais vers

Ion est de deux syllabes dans tous les substantifs, comme illusi-on.S22

La/ douc(e)/ il/lu/si/on/ a/mu/sa/ mon/ som/meil. [12 pieds]

U/ne/ douc(e) il/lu/si/on/ a/mu/sa/ mon/ som/meil. [13 pieds]

Tous deux erraient au gré de leur humeur inquiète. Mauvais vers

Tous deux erraient au gré d’une humeur inquiète. Bon vers

est monosyllabique, mais inqui-ète fait exception. S16

Tous/ deux/ er/raient/ au/ gré/ de/ leur/ hu/meur/ in/qui/èt(e). [13 pieds]

Tous/ deux/ er/raient/ au/ gré/ d’un(e)/ hu/meur/ in/qui/èt(e). [12 pieds]

Aucun fiel n’a jamais empoisonné ma plume. Bon vers

Jamais aucun fiel n’empoisonna ma plume. Mauvais vers

Iel est d’une seule syllabe dans ciel, miel, fiel. S17

Au/cun/ fiel/ n’a/ ja/mais/ em/poi/son/né/ ma/ plum(e). [12 pieds]

Ja/mais/ au/cun/ fiel/ n’em/poi/son/na/ ma/ plum(e). [11 pieds]

Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. Mauvais vers

Et ses derniers regards font fuir les Romains. Bon vers

Ui est monosyllabique dans fuir. S23

Et/ mes/ der/niers/ re/gards/ ont/ vu/ fuir/ les/ Ro/mains. [12 pieds]

Et/ ses/ der/niers/ re/gards/ font/ fuir/ les/ Ro/mains. [11 pieds]

Le désespoir produit le sombre suicide. Bon vers

Le désespoir produit le criminel suicide. Mauvais vers

Ui est monosyllabique, mais su-icide fait exception. S23

Le/ dé/ses/poir/ pro/duit/ le/ som/bre/ su/i/cid(e). [12 pieds]

Le/ dé/ses/poir/ pro/duit/ le/ cri/mi/nel/ su/i/cid(e). [13 pieds]

Bientôt tous mes projets se seront évanouis. Mauvais vers

Enfin tous mes projets se sont évanouis. Bon vers

Oui est de deux syllabes, excepté dans oui. S22

Bien/tôt/ tous/ mes/ pro/jets/ se/ se/ront/ é/va/nou/is. [13 pieds]

En/fin/ tous/ mes/ pro/jets/ se/ sont/ é/va/nou/is. [12 pieds]

La louange chatouille et gagne les esprits. Bon vers

Une louange agréable attire les esprits. Mauvais vers

La lou/an/ge/ cha/touill(e)/ et/ ga/gne/ les/ es/prits. [12 pieds]

Un/e/ lou/ang(e) a/gré/abl(e)/ at/ti/re/ les/ es/prits. [13 pieds]

Je tâte votre habit: l’étoffe en est moelleuse. Bon vers

Je tâte votre habit: l’étoffe est moelleuse. Mauvais vers

Oe est dissyllabique, mais moelle fait exception. S25

Je/ tâ/te/ votr(e)/ ha/bit/: l’é/toff(e)/ en/ est/ moel/leus(e). [12 pieds]

Je/ tâ/te/ votr(e)/ ha/bit/: l’é/toff(e)/ est/ moel/leus(e). [11 pieds]

De la césure

30. Dans les vers de douze pieds, on doit observer un repos entre la sizième et la septième syllabe, c’est-à-dire au milieu du vers. Ce point de repos se nomme césure; chaque moitié de vers s’appelle hémistiche:

Aux petits des oiseaux – Dieu donne la pâture.

Le plus souvent la césure est faible, et n’est marquée par aucun signe de ponctuation; mais le repos n’en est pas moins sensible.

31. La césure s’observe aussi dans les vers de dix pieds; alors le repos a lieu entre la quatrième et la cinquième syllabe, ce qui donne quatre pieds pour le premier hémistiche et six pour le second:

Coulez, mes vers, — enfants de la nature.

32. La césure est défectueuse:

1° Si elle coupe un mot en deux:

Que peuvent tous les fai–bles humains devant Dieu?

2° Si elle tombe sur une syllabe muette qui ne s’élide pas:

La bonne fortune — rend le cœur orgueilleux.

Mais si l’élision est possible, c’est-à-dire si le second hémistiche commence par une voyelle, la césure est bonne:

C’est en vain qu’au Parnasse — un téméraire auteur…

33. Remarque. Le repos étant la condition essentielle de la césure, celle-ci sera encore défectueuse quand elle tombera entre deux mots inséparables par le sens, comme:

1° Un déterminatif et un nom:

Je fus témoin de la — fureur qui l’animait.

2° Un qualificatif et un nom:

S’il pouvait de ce lieu – suprême s’approcher.

C’est encore un plus grand – sujet de s’étonner.

Il y a exception à cette règle quand le nom est accompagné de plusieurs adjectifs:

Morbleu! c’est une chose – indigne, basse, infâme!

3° La préposition et ses compléments:

Moi, vous revoir après – ce traitement indigne!

4° Le pronom sujet et le verbe:

Je me flatte que vous – me rendrez votre estime.

5° Les deux parties d’une locution:

Quoi! vous fuyez tandis – que vos soldats combattent!

6° Le verbe être et l’attribut:

On sait que la chair est – fragile quelquefois.

7° L’auxiliaire et le participe:

Le maître-autel était – orné de fleurs nouvelles.

8° Les monosyllabes plus, très, fort, bien, mal, mieux, trop, et les adjectifs qui les suivent:

Ce jargon n’est pas très – nécessaire, il me semble.

34. Il est impossible d’entrer dans le détail de tous les cas où la césure est vicieuse; il suffit de se rappeler qu’elle ne peut être bonne qu’à une condition: le repos ou temps d’arrêt dans la prononciation doit être sensible.

En général, on peut distinguer les césures en bonnes, passables et défectueuses.

La césure est bonne quand le sens est tout-à-fait terminé ou que le repos est sensible:

Laissez dire les sots; le savoir a son prix.

La césure est passable quand le sens, quoique suspendu, permet une pause légère:

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa.

La césure est défectueuse quand elle a lieu dans l’un des cas que nous avons énumérés plus haut.

4e Exercice

Dans les vers suivants, de douze pieds, la césure est bonne, passable ou défectueuse; l’élève fera ces distinctions.

Le Raisin gâté

«Pourquoi ne puis-je pas jouer avec Maurice?

«Pourquoi ne puis-je pas (passable) jouer avec Maurice?

— Maurice est un enfant gâté, rempli de vice,

— Maurice est un enfant (passable) gâté, rempli de vice,

Je ne comprends pas bien. — Tu comprendras: suis-moi!»

Je ne comprends pas bien. (bonne) — Tu comprendras: suis-moi!»

Et la mère descend avec Paul, qui murmure,

Et la mère descend (passable) avec Paul, qui murmure,

Dans le meilleur endroit du jardin, le verger.

Dans le meilleur endroit (passable) du jardin, le verger.

Sur la treille en festons courait la vigne mûre,

Sur la treille en festons (passable) courait la vigne mûre,

Et les raisins pendaient, excellents à manger.

Et les raisins pendaient, (bonne) excellents à manger.

«Oh! maman, cria Paul, que ces grappes sont belles!

«Oh! maman, cria Paul, (bonne) que ces grappes sont belles!

Regarde, en voilà deux comme des sœurs jumelles,

Regarde, en voilà deux (passable) comme des sœurs jumelles,

L’une touchant à l’autre, et d’égale grosseur;

L’une touchant à l’autre, (bonne) et d’égale grosseur;

Mais l’une par la pluie et le vent est flétrie,

Mais l’une par la pluie (bonne) et le vent est flétrie,

Et je crois qu’il est temps que l’on cueille sa sœur,

Et je crois qu’il est temps (passable) que l’on cueille sa sœur,

Car elle était si près de la grappe pourrie

Car elle était si près (passable) de la grappe pourrie

Qu’elle-même déjà moisit de ce côté.

Qu’elle-même déjà (passable) moisit de ce côté.

— Eh bien, mon fils, tu vois comment l’on est gâté

— Eh bien, mon fils, tu vois (passable) comment l’on est gâté

Par l’exemple de la mauvaise compagnie.»

Par l’exemple de la (défectueuse) mauvaise compagnie.»

Louis Ratisbonne

5e exercice

Dans les vers suivants, de douze pieds, la césure est bonne, passable ou défectueuse; l’élève fera ces distinctions.

L’Ami des fleurs

Oui, je suis le rêveur; je suis le camarade

Oui, je suis le rêveur; (bonne) je suis le camarade

Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,

Des petites fleurs d’or (passable) du mur qui se dégrade,

Et l’interlocuteur des arbres et du vent.

Et l’interlocuteur (passable) des arbres et du vent.

Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,

Tout cela me connaît, (passable) voyez-vous. J’ai souvent,

En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,

En mai, quand de parfums (passable) les branches sont gonflées,

Des conversations avec les giroflées;

Des conversations (passable) avec les giroflées;

Je reçois des conseils du lierre et du bluet.

Je reçois des conseils (passable) du lierre et du bluet.

L’être mystérieux, que vous croyez muet,

L’être mystérieux, (bonne) que vous croyez muet,

Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.

Sur moi se penche, et vient (passable) avec ma plume écrire.

J’entends ce qu’entendit Rabelais; je vois rire

J’entends ce qu’entendit (passable) Rabelais; je vois rire

Et pleurer; et j’entends ce qu’Orphée entendit.

Et pleurer; et j’entends (passable) ce qu’Orphée entendit.

Ne vous étonnez pas de tout ce que me dit

Ne vous étonnez pas (passable) de tout ce que me dit

La nature aux soupirs ineffables. Je cause

La nature aux soupirs (défectueuse) ineffables. Je cause

Avec toutes les voix de la métempsycose.

Avec toutes les voix (passable) de la métempsycose.

Avant de commencer le grand concert sacré,

Avant de commencer (passable) le grand concert sacré,

Le moineau, le buisson, l’eau vive dans le pré,

Le moineau, le buisson, (bonne) l’eau vive dans le pré,

La forêt, basse énorme, et l’aile et la corolle,

La forêt, basse énorme, (bonne) et l’aile et la corolle,

Tous ces doux instruments m’adressent la parole;

Tous ces doux instruments (passable) m’adressent la parole;

Je suis l’habitué de l’orchestre divin;

Je suis l’habitué (passable) de l’orchestre divin;

Si je n’étais songeur, j’aurais été sylvain.

Si je n’étais songeur, (bonne) j’aurais été sylvain.

J’ai fini, grâce au calme en qui je me recueille,

J’ai fini, grâce au calme (passable) en qui je me recueille,

À force de parler doucement à la feuille,

À force de parler (passable) doucement à la feuille,

À la goutte de pluie, à la plume, au rayon,

À la goutte de pluie, (bonne) à la plume, au rayon,

Par descendre à ce point dans la création.

Par descendre à ce point (passable) dans la création.

Cet abîme où frissonne un tremblement farouche,

Cet abîme où frissonne (passable) un tremblement farouche,

Que je ne fais plus même envoler une mouche!

Que je ne fais plus même (passable) envoler une mouche!

Le brin d’herbe, vibrant d’un éternel émoi,

Le brin d’herbe, vibrant (passable) d’un éternel émoi,

S’apprivoise et devient familier avec moi,

S’apprivoise et devient (passable) familier avec moi,

Et, sans m’apercevoir que je suis là, les roses

Et, sans m’apercevoir (passable) que je suis là, les roses

Font avec les bourdons toutes sortes de choses;

Font avec les bourdons (passable) toutes sortes de choses;

Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis,

Quelquefois, à travers (passable) les doux rameaux bénis,

J’avance largement ma face sur les nids,

J’avance largement (passable) ma face sur les nids,

Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte,

Et le petit oiseau, (bonne) mère inquiète et sainte,

N’a pas plus peur de moi que nous n’aurions de crainte,

N’a pas plus peur de moi (passable) que nous n’aurions de crainte,

Nous, si l’œil du bon Dieu regardait dans nos trons.

Nous, si l’œil du bon Dieu (passable) regardait dans nos trous.

Le lis prude me voit approcher sans courroux,

Le lis prude me voit (passable) approcher sans courroux,

Quand il s’ouvre aux baisers du jour; la violette

Quand il s’ouvre aux baisers (passable) du jour; la violette

La plus pudique fait devant moi sa toilette;

La plus pudique fait (passable) devant moi sa toilette;

Je suis pour ces beautés l’ami discret et sûr;

Je suis pour ces beautés (passable) l’ami discret et sûr;

Et le frais papillon, libertin de l’azur,

Et le frais papillon, (bonne) libertin de l’azur,

Qui chiffonne gaiment une fleur demi nue,

Qui chiffonne gaiment (passable) une fleur demi nue,

Si je viens à passer dans l’ombre, continue,

Si je viens à passer (passable) dans l’ombre, continue,

Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,

Et, si la fleur se veut (passable) cacher dans le gazon,

Il lui dit: «Es-tu bête! il est de la maison.»

Il lui dit: «Es-tu bête! (bonne) il est de la maison.»

V. Hugo

6e Exercice

Dans les vers suivants, de dix pieds, il y a césure entre le quatrième et la cinquième syllabe, à l’exception de douze vers où la césure a été dénaturée à dessein. C’est cette césure que l’élève rétablira au moyen d’une nouvelle construction.

L’Écho singulier

Ces jours passés, chez madame Arabelle,

Ces jours passés, | chez madame Arabelle,

Damis vantait un écho merveilleux:

Damis vantait | un écho merveilleux:

«Bah! lui répond certain marquis joyeux,

«Bah! lui répond | certain marquis joyeux,

Un tel écho n’est qu’une bagatelle.

Un tel écho | n’est qu’une bagatelle.

— Mais, marquis, savez-vous, pour en parler,

— Mais, savez-vous, | marquis, pour en parler,

Qu’il redit tout neuf ou dix fois? — Tarare!

Qu’il redit tout | neuf ou dix fois? — Tarare!

C’est dans mon parc, c’est là qu’il faut aller,

C’est dans mon parc, | c’est là qu’il faut aller,

Lorsque l’on veut entendre un écho rare.

Lorsque l’on veut | entendre un écho rare.

— Plus rare…? — Oh! oui. — Parbleu! nous l’entendrons;

— Plus rare…? — Oh! oui. | — Parbleu! nous l’entendrons;

Car, sans faute, dès demain nous irons…

Car, dès demain, | sans faute, nous irons…

— J’y compte; demain, soit, et point d’excuse.»

— Soit, j’y compte; demain, et point d’excuse.»

Le marquis sort, méditant quelque ruse;

Le marquis sort, | méditant quelque ruse;

Rentre à l’hôtel, et demande Sancho,

Rentre à l’hôtel, | et demande Sancho,

Son vieux laquais. «Tu passes pour habile;

Son vieux laquais. | «Tu passes pour habile;

S’il le fallait, ferais-tu bien l’écho?

S’il le fallait, | ferais-tu bien l’écho?

— Oui-dà, monsieur; car rien n’est plus facile:

— Oui-dà, monsieur; | car rien n’est plus facile:

Dites-moi ho! je vais répéter ho!

Dites-moi ho! | je vais répéter ho!

— Écoute donc l’ordre que je te donne:

— Écoute donc | l’ordre que je te donne:

Nous irons demain matin au château;

Demain matin | nous irons au château;

Dans un bosquet, près de la pièce d’eau,

Dans un bosquet, | près de la pièce d’eau,

Va te cacher, sans rien dire à personne;

Va te cacher, | sans rien dire à personne;

Là, par degrés affaiblissant ta voix,

Là, par degrés | affaiblissant ta voix,

Répète, comme un écho, trente fois

Comme un écho, répète trente fois

Ce que viendra te crier l’un ou l’autre.

Ce que viendra | te crier l’un ou l’autre.

— Suffit, monsieur, vous serez satisfait;

— Suffit, monsieur, | vous serez satisfait;

J’entends mieux cela que ma patenôtre.»

J’entends cela | mieux que ma patenôtre.»

Placé le lendemain dans un bosquet,

Le lendemain | placé dans un bosquet,

Sancho, l’oreille en l’air, faisait le guet.

L’oreille en l’air | Sancho faisait le guet.

Voici venir toute la coterie:

Voici venir | toute la coterie:

Chacun disait: «C’est une raillerie

Chacun disait: | «C’est une raillerie

Qu’un tel écho. — Vous l’entendrez. — Chansons!

Qu’un tel écho. | — Vous l’entendrez. — Chansons!

— Quand nous serons près de cette clairière,

— Quand nous serons | près de cette clairière,

J’aurai dissipé bientôt vos soupçons.

J’aurai bientôt | dissipé vos soupçons.

Madame, nous y voici; commençons:

Nous y voici, | madame; commençons:

Parlez donc à mon écho la première;

À mon écho, | parlez donc la première;

Mais songez bien qu’il faut enfler vos sons,

Mais songez bien | qu’il faut enfler vos sons,

Et les enfler d’une bonne manière.

Et les enfler | d’une bonne manière.

— À vous, marquis, pour cette épreuve-là;

— À vous, marquis, | pour cette épreuve-là;

Toujours les grosses voix sont les meilleures.

Les grosses voix | sont toujours les meilleures.

Lors le marquis de crier: «Es-tu là?»

Lors le marquis | de crier: «Es-tu là?»

L’écho répond: «J’y suis depuis deux heures.»

L’écho répond: | «J’y suis depuis deux heures.»

Pons de Verdun

7e Exercice

Dans les vers suivants, qui sont de douze pieds, la césure est défectueuse; l’élève la rétablira au moyen d’une autre construction, en conservant les mêmes mots à la fin.

Toujours la raison du plus fort est la meilleure.

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

La Fontaine, Le Loup et l’Agneau

Les ténèbres ne pourront jamais te comprendre.

Les ténèbres jamais ne pourront te comprendre.

Louis Racine, La Religion

Il va comme le cerf-volant braver la foudre.

Comme le cerf-volant il va braver la foudre.

Des rois la parole doit être inviolable.

La parole des rois doit être inviolable.

Corneille, Œdipe

Il ne faut jamais se moquer des misérables.

Il ne se faut jamais moquer des misérables.

La Fontaine, Le Lièvre et la Perdrix

En ce monde, il faut l’un l’autre se secourir.

En ce monde, il se faut l’un l’autre secourir.

La Fontaine, Le Cheval et l’Âne

La louange gagne et chatouille les esprits.

La louange chatouille et gagne les esprits.

La Fontaine, Simonide préservé par les Dieux

Des rois les promesses sont des décrets des dieux.

Les promesses des rois sont des décrets des dieux.

Crébillon père

Les trésors solides sont ceux qu’on a donnés.

Les solides trésors sont ceux qu’on a donnés.

Louis Racine, La Religion

Le myrte ne doit se cueillir qu’après la palme.

La myrte ne se doit cueillir qu’après la palme.

Alexis Piron, Fernand Cortez

À mon sens, grenouilles ne raisonnaient pas mal.

Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

La Fontaine, Le Soleil et les Grenouilles

Toujours du courroux le conseil est téméraire.

Le conseil du courroux est toujours téméraire.

Jean-Baptiste Gresset

Regards et paroles, tout est charme dans vous.

Paroles et regards, tout est charme dans vous.

La Fontaine, À Madame de Montespan

Une voix traîtresse bien souvent nous appelle.

Une traîtresse voix bien souven nous appelle.

La Fontaine, Le Faucon et le Chapon

L’esprit véritable sait se plier à tout.

Le véritable esprit sait se plier à tout.

Voltaire, Épitre 58

À l’écart, ils virent une étroite cabane.

Ils virent à l’écart une étroite cabane.

La Fontaine, Philémon et Baucis

Pour jamais j’abdique le rang de sénateur.

J’abdique pour jamais le rang de sénateur.

Voltaire, Catilina

Sans remords on garde ce qu’on acquiert sans crime.

On garde sans remords ce qu’on acquiert sans crime.

Corneille, Cinna

De vos airs champêtres répétez les plus beaux.

De vos champêtres airs répétez les plus beaux.

Jean-Baptiste Gresset

Comme un torrent le bonheur des méchants s’écoule.

Le bonheur des méchants comme un torrent s’écoule.

Racine, Phèdre

8e Exercice

Dans les vers suivants, qui sont de douze pieds, la césure est défectueuse; l’élève la rétablira au moyen d’une nouvelle construction.

Heureux qui met toute son espérance en Dieu!

Heureux qui met en Dieu toute son espérance!

Imitez le silence prudent de Conrart.

Imitez de Conrart le silence prudent

Le plus puissant n’est jamais fort que par autrui.

Le plus puissant n’est fort jamais que par autrui.

L’homme s’attire, presque toujours, ses malheurs.

L’homme presque toujours s’attire ses malheurs.

Le repentir suit toujours de près la colère.

Le repentir de près suit toujours la colère.

On n’est jamais riche que par l’économie.

On n’est riche jamais que par l’économie

Qui peut, à mal faire, prendre un plaisir funeste?

Qui peut prendre à mal faire un funeste plaisir?

Il faut obliger tout le monde autant qu’on peut.

Il faut autant qu’on peut obliger tout le monde

La tyrannie est toujours près de la faiblesse.

Toujours la tyrannie est près de la faiblesse.

Fuyez les charmes dangereux des faux plaisirs.

Fuyez des faux plaisirs les charmes dangereux.

Il ne faut jamais se fier sur l’apparence.

Il ne se faut jamais fier sur l’apparence.

Notre raison nous avertit toujours en vain.

Toujours notre raison nous avertit en vain.

Le sage discute doucement pour s’instruire.

Le sage doucement discute pour s’instruire.

Il faut toujours être prompt à rendre service.

Il faut être toujours prompt à rendre service.

Il faut obliger de bon cœur quand on oblige.

Quand on oblige il faut obliger de bon cœur.

La volonté ferme nous suffit pour bien faire.

La ferme volonté nous suffit pour bien faire.

La crainte grossit et multiplie un objet.

La crainte multiplie et grossit un objet.

L’imprudent s’expose sans cesse au repentir.

Sans cesse au repentir s’expose l’imprudent.

Que l’équité règle seule vos actions.

Que seule l’équité règle vos actions.

De la rime

35. On appelle rime l’uniformité de son dans la terminaison de deux mots: nature, pure; vallon, aquilon.

36. De la rime masculine et de la rime féminine. — Suivant la nature des terminaisons des mots, on distingue deux sortes de rime: la rime masculine et la rime féminine.

Toute syllabe finale se terminant par un e muet, seul ou suivi des lettres s ou nt, est rime féminine; toute autre syllabe finale est rime masculine.

Rimes masculines:

Mais, ce qu’on ne pourrait jamais s’imaginer,

Cinna, tu t’en souviens et veux m’assassiner.

Rimes féminines:

Aujourd’hui même encor, mon âme irrésolue

Me pressant de quitter ma puissance absolue…

Un tas d’hommes perdus de dettes et de crimes,

Que pressent de mes lois les ordres légitimes…

En ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent,

Nos esprits généreux ensemble le formèrent.

Exception. Les troisièmes personnes du pluriel des imparfaits et des conditionnels en aient sont rimes masculines, parce que le son de l’e muet y est absolument nul.

37. De la rime riche. — Suivant que les sons qui forment la rime ont entre eux une ressemblance plus ou moins parfaite, la rime, tant masculine que féminine, est dite riche ou suffisante. La rime féminine est riche quand il existe une exacte conformité entre les sons des deux dernières syllabes:

Si près de voir sur soi fondre de tels orages,

L’ébranlement sied bien aux plus fermes courages.

Corneille

Quoique le mien s’étonne à ces rudes alarmes,

Le trouble de mon cœur ne peut rien sur mes larmes.

Corneille

La rime masculine est riche quand cette conformité existe avec la dernière syllabe:

Moment fatal où le public soufflait

Dans un tuyau que l’on nomme sifflet.

Le Brun

38. De la rime suffisante. — La rime est suffisante quand elle présente le même son, mais non la même articulation, comme soupir, plaisir; espoir, avoir; entendre, rendre; jaloux, genoux:

Cet empire absolu sur la terre et sur l’onde,

Ce pouvoir souverain que j’ai sur tout le monde

Corneille

Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang

Qui m’a jadis coûté tant de peine et de sang

Corneille

Remarque. — La rime étant surtout pour l’oreille et non pour les yeux, on doit en juger plutôt par le son que par l’orthographe. Ainsi les mots suivants riment ensemble:

Fréquent Camp
Accord Encor
Shakespeare Empire
Enfant Triomphant
Austère Salutaire
Travaux Dévots.

39. Des mots qui ne peuvent rimer. — Le singulier ne rime pas avec le pluriel toutes les fois qu’il s’agit d’un mot qui ne prend au singulier ni s, ni x, ni z; ainsi une larme ne rimera pas avec les alarmes; mais le discours rimera avec les jours; célestes avec tu détestes, le nez avec vous donnez, paix avec jamais, vous avec courroux:

Mais ce secret courroux,

Cette oisive vertu, vous en contentez-vous?

Racine

40. Un mot ne peut rimer avec lui-même, à moins qu’il ne soit pris dans deux sens différents. Ces deux vers sont donc irréguliers:

Les chefs et les soldats ne se connaissent plus,

L’un ne peut commander, l’autre n’obéit plus.

Mais les vers suivants sont irréprochables:

C’est Sidon qui périt, c’est Ninive qui tombe,

Tous les dieux de Bélus descendent dans la tombe.

Prends-moi le bon parti, laisse là tous les livres;

Cent francs au denier cinq, combien font-ils? -- Vingt livres.

Boileau

41. De même, deux mots de prononciation semblable, mais appartenant à des rimes de genre différent, ne peuvent rimer ensemble; tels sont:

Club Cube
Lait Laie
Tarn Lucarne
Amer Mère
Corridor Matamore
Nectar Tartare
Cobalt Asphalte

42. Des mots d’orthographe uniforme, mais de prononciation différente, ne peuvent également rimer ensemble:

Fier (adj.) Confier
Brutus Vertus
Jupiter Mériter
Paris Pâris

Ainsi, on doit blâmer les rimes suivantes de La Fontaine:

La belle était pour les gens fiers;

Fille se coiffe volontiers

Le renard s’en saisit et dit: Mon bon monsieur,

Apprenez que tout flatteur

43. Un mot simple ne rime pas non plus avec son composé, écrire avec souscrire, mettre avec remettre, faire avec défaire. Il y a exception à cette règle toutes les fois que le simple et le composé ont une signification assez éloignée, comme front et affront, battre et abattre, garde et regarde.

44. Un vers est défectueux quand le premier hémistiche a une apparence de rime, un rapport de son avec le dernier hémistiche du même vers ou du vers précédent:

Aux Saumaises futurs préparer des tortures.

Boileau

Tous perdirent leurs biens et voulurent trop tard

Profiter de ces dards unis et mis à part.

La Fontaine, Le Vieillard et ses Enfants

45. Les voyelles a, é, i, o, u et la terminaison er ne suffisent pas pour la rime. Ainsi aima ne rime point avec donna, bonté avec trompé, béni avec dormi, domino avec indigo, vertu avec perdu, parler avec chanter. Pour rimer, ces voyelles et cette terminaison doivent être précédées de la même consonne. Toutefois, cette règle n’est pas rigoureusement observée, et La Fontaine s’en est souvent affranchi:

Le premier qui les vit de rire s’éclata:

Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-?

Et je sais que de moi tu médis l’an pas.

Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas ?

Quiconque a beaucoup vu,

Peut avoir beaucoup retenu.

9e Exercice

Dans les vers suivants, l’élève distinguera les rimes suffisantes et les rimes riches.

Nota. S’il rencontre quelques rimes défectueuses, il les signalera.

À Molière

Rare et fameux esprit, dont la fertile veine

Ignore en écrivant le travail et la peine;

Corrigé

Rime suffisante.

Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts,

Et qui sais à quel coin se marquent les bons vers;

Corrigé

Rime riche.

Dans les combats d’esprit, savant maître d’escrime,

Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.

Corrigé

Rime riche.

On dirait, quand tu veux, qu’elle te vient chercher:

Jamais au bout du vers on ne te voit broncher;

Corrigé

Rime riche.

Et sans qu’un long détour t’arrête ou t’emabarrasse,

À peine as-tu parlé, qu’elle-même s’y place.

Corrigé

Rime suffisante.

Mais moi, qu’un vain caprice, une bizarre humeur,

Pour mes péchés, je crois, fit devenir rimeur,

Corrigé

Rime riche.

Dans ce rude métier, où mon esprit se tue,

En vain, pour la trouver, je travaille et je sue.

Corrigé

Rime suffisante.

Souvent j’ai beau rêver du matin jusqu’au soir,

Quand je veux dire blanc, la quinteuse dit noir.

Corrigé

Rime suffisante.

Si je veux d’un galant dépeindre la figure,

Ma plume, pour rimer, trouve l’abbé de Pure;

Corrigé

Rime suffisante.

Si je pense exprimer un auteur sans défaut,

La raison dit Virgile, et la rime Quinault.

Corrigé

Rime suffisante.

Enfin, quoi que je fasse ou que je veuille faire,

La bizarre toujours vient m’offrir le contraire.

Corrigé

Rime suffisante.

De rage quelquefois ne pouvant la trouver,

Triste, las et confus, je cesse d’y rêver;

Corrigé

Rime riche.

Et, maudissant vingt fois le démon qui m’inspire,

Je fais mille serments de ne jamais écrire.

Corrigé

Rime suffisante.

Mais quand j’ai bien maudit et Muses et Phébus,

Je la vois qui paraît quand je n’y pense plus.

Corrigé

Rime suffisante.

Aussitôt, malgré moi, tout mon feu se rallume;

Je reprends sur-le-champ le papier et la plume,

Corrigé

Rime riche.

Et, de mes vains serments perdant le souvenir,

J’attends de vers en vers qu’elle daigne venir.

Corrigé

Rime riche.

Boileau

10e Exercice

Dans les vers suivants, l’élève distinguera les rimes riches et les rimes suffisantes.

Nota. S’il rencontre quelques rimes défectueuses, il les signalera.

Mort du maréchal Ney

Une neige récente et l’humide gelée

Pétrissaient en limon le sable de l’allée.

Corrigé

Rime riche.

Alors, on vit sortant du palais Médicis

Quelques hommes hideux qui, d’un pas indécis,

Corrigé

Rime défectueuse?

Marchaient le long du bois, le fusil sur l’épaule;

Pareils aux égorgeurs de notre vieille Gaule,

Corrigé

Rime suffisante.

On eût dit qu’ils cherchaient la pierre du Dolmin,

Pour consommer dans l’ombre un sacrifice humain.

Corrigé

Rime riche.

Le convoi s’arrêta sous la tour isolée

Qui sert de piédestal aux nouveaux Galilée;

Corrigé

Rime riche.

Alors le char funèbre entr’ouvrit sa prison,

Un homme étincelant parut sur l’horizon;

Corrigé

Rime riche.

Les gardes, les bourreaux et la foule timide,

Tous tremblaient près de lui dans l’atmosphère humide;

Corrigé

Rime riche.

Lui seul ne tremblait pas de ce frisson de mort

Qui contracte la chair sur le cœur du plus fort;

Corrigé

Rime suffisante.

Il avait salué, dans sa course lointaine,

Tous les boulets fondus du Tage au Borysthène;

Corrigé

Rime riche.

Même son corps de fer ne put être assailli

De ce froid qui glaça l’échafaud de Bailly;

Corrigé

Rime riche.

Car au lit du soldat, quand il prenait sa place,

Comme sur l’édredon il dormait sur la glace.

Corrigé

Rime riche.


Les apprêts furent courts, l’assassinat fut prompt;

On lui troua cinq fois la poitrine et le front.

Corrigé

Rime riche.

Quel est-il? C’est celui que tout bulletin nomme,

C’est l’homme qui fut grand, même près du grand homme,

Corrigé

Rime suffisante.

C’est le glorieux Ney, c’est celui qui trouva

Un baptême nouveau devant la Moskowa;

Corrigé

Rime riche.

Celui qui, revenu des confins de la terre,

Réchauffait sous les plis de son manteau de guerre

Corrigé

Rime suffisante.

Nos soldats égarés dans des bois inconnus,

Et rougissant la neige au sang de leurs pieds nus;

Corrigé

Rime riche.

Celui qui, des canons éteignant la fournaise,

Suivit, plus de dix ans, l’Iliade française,

Corrigé

Rime suffisante.

Sans qu’un boulet vomi des cent mille volcans

Osât frapper de mort l’Achille de nos camps!

Corrigé

Rime riche.

Eh bien! il est tombé comme un vil réfractaire

Qu’on livre, pour l’exemple, au prévôt militaire,

Corrigé

Rime riche.

Comme un lâche conscrit qu’un plomb vulgaire abat,

Pour avoir déserté la veille du combat!

Corrigé

Rime riche.

Barthélemy

11e Exercice

L’élève indiquera cinq rimes suffisantes à chacun des mots suivants.

Nota. Nous mettons la rime en italique.

Amp-oule

boule, coule, foule, moule, roule

Prés-ense

vengeance, vaillance, démence, science, prudence

Entrepr-ise

mise, bise, vise, lise, sise

Espr-it

rôti, habit, ravioli, torticoli, moisi

Poét-ique

tragique, tunique, mimique, mirifique, hydroalcoolique

Fin-ir

bondir, sabir, émir, kéfir, tapir

Bad-in

mâtin, Barbin, arlequin, aigrefin, thym

R-ose

ose, cause, dose, glose, Kolkhose

J-our

pourtour, amour, Adour, cour, four

P-ot

mot, rot, Pétaud, silo, dos

N-oce

bosse, cosse, gosse, négoce, rosse

Esp-oir

soir, miroir, mouvoir, entonnoir, dépotoir

L-oin

groin, foin, point, coin, joint

Br-un

juin, malin, lapin, ricin, chapelain

R-ue

revue, Mue, Bue, Lue, Sue

L-une

une, dune, prune, brune, rune

Agn-eau

veau, eau, broc, cacao, lot

Ach-at

rabat, encas, dégât, cervelas, cadenas

Féc-ond

bond, pont, mont, fond, gond

Ru-ine

hallucine, dîne, fine, mine, rapine

12e Exercice

L’élève indiquera cinq rimes riches à chacun des mots suivants.

Nota. Nous mettons la rime en italique.

Passereau

pastoureau, bourreau, chevreau, blaireau, taureau

Père

prospère, vipère, espère, paire, opère

Pouvoir

mouvoir, voir, ouvroir, vivoir, prévoir

Nature

culture, nourriture, mouture, bouture, suture

Faquin

coquin, arlequin, mesquin, requin, ramequin

Morsure

sûre, susurre, blessure, rassure, assure

Généreux

Heureux, cadavéreux, miséreux, poussiéreux, malencontreux, lépreux

Entière

ratière, chatière,

Alléguer

Lice

lisse, réglisse,

Chaînon

Table

équitable,

Bond

Panade

Chant

Nage

Plongeon

Renoncule

pédoncule, ridicule, avicule, pécule, véhicule

Réfectoire

giratoire,

13e Exercice

L’élève indiquera cinq rimes très-riches à chacun des mots suivants.

Nota. Nous mettons la rime en italique.

Constitutionnel

additionnel, proportionnel, intentionnel, conditionnel, correctionnel

Cousinage

raffinage, patelinage, pèlerinage, magasinage, voisinage

Amateur

armateur, aviateur, sécateur, réparateur, admirateur

Limonade

monade,

Bracelet

osselet, porcelet, cervelet,

Littérature

rature,

Oison

Forteresse

Maison

raison, saison, salaison, cargaison,

Matinale

abdominale, instestinale,

Vision

Amiante

fiente,

Tourmenter

parlementer, argumenter, mouvementer,

Cantatrice

institutrice, productrice, factrice, impératrice,

Suavité

gravité, cavité,

Savonnerie

Sentiment

piment, condiment, aliment, rimant, mimant

Laboratoire

aléatoire, giratoire, migratoire, moratoire, superfétatoire

Garder

darder, regarder, larder, retarder, barder

Abandonner

donner, abonner,

Inversion ou transposition des mots.

46. Quoique les règle de la langue poétique ne diffèrent pas des règles de la prose, il est cependant permis de faire, dans la construction de la phrase en vers, des transpositions que la prose n’adnettrait pas, et qui contribuent beaucoup à l’harmonie et à la noblesse des vers. Mais il faut faire ces transpositions avec goût, de manière qu’elles ne produisent aucune dureté, aucune équivoque, et qu’elles conservent ce caractère de netteté, de clarté et de précision qui est propre à la langue française.

47. On peut transposer:

1° Le sujet du verbe,

Je fuis, ainsi le veut la fortune ennemie.

2° Le complément du nom,

Dieu combla du chaos les abîmes funèbres.

D’une prison sur moi les murs pèsent en vain.

3° Le complément indirect du verbe,

Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture.

4° Les compléments circonstanciels,

Vers la ville à l’instant ils trotten côte à côte.

De sa tremblante main sont tombés les fuseaux.

5° Les adverbes,

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.

L’insecte vainement cherche à leur échaper.

48. On ne doit pas tranposer le complément direct du verbe; ainsi il n’est pas permis de dire avec Racine:

Et si quelque bonheur nos armes accompagne.

Ni avec La Fontaine:

Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite.

L’aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent.

Un certain loup, dans la saison

Que les tièdes zéphyrs ont l’herbe rajeunie…

Iris, je vous louerais; il n’est que trop aisé;

Mais vous avez cent fois notre encens refusé.

Mais l’inversion est légitime et même générale, si le complément direct est un pronom personnel ou relatif:

Toutes les dignités que tu m’as demandées,

Je te les ai sur l’heure et sans peine accordées.

14e Exercice

L’élève fera subir un changement de construction aux vers suivants qui sont réguliers, mais qui se prêtent à différentes dispositions.

Dieu toujours des méchants pénètre les complots.

Toujours Dieu des méchants pénètre les complots.

Dieu connaît mieux que nous ce qui nous est propice.

Mieux que nous Dieu connaîte ce qui nous est propice.

On a vu de tout temps les sots se prévaloir.

De tout temps on a vu les sots se prévaloir.

Claude Joseph Dorat, Le Jet d’eau et le Réservoir

L’ambition souvent est la source des crimes.

Souvent l’ambition est la source des crimes.

Rarement de sa faute on aime le témoin.

On aime rarement le témoin de sa faute.

Voltaire, La Henriade

Sachez de l’ami vrai discerner le flatteur.

De l’ami vrai sachez discerner le flatteur.

Boileau, L’art poétique, Chant I

Toujours la vérité se montre à découvert.

La vérité toujours se montre à découvert.

Il faut en tout garder une juste mesure.

En tout il faut garder une juste mesure.

Tout se sait tôt ou tard, et la vérité perce.

Tôt ou tard tout se sait, et la vérité perce.

Jean-Baptiste Gresset, Le Méchant

Les arts sont les enfants de la nécessité.

De la nécessité les arts sont les enfants. (?)

Que surtout l’indigent trouve en toi son appui.

Que l’indigent surtout trouve en toi son appui.

Florian, Tobie

Le véritable esprit a la raison pour guide.

Le véritable esprit pour guide a la raison.

Souvent un beau dehors est le masque du cœur.

Un beau dehors souvent est le masque du cœur.

Edward Young, Nuits, traduction Pierre Le Tourneur

L’âge insensiblement nous conduit à la mort.

Insensiblement l’âge à la mort nous conduit.

Racan, Stances sur la retraite

La gloire est le fléau de l’envie implacable.

Le fléau de la gloire est l’envie implacable.

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Du plus fort la raison est toujours la meilleure.

Mortel, ouvre les yeux, c’est ton Dieu qui t’éclaire.

Ouvre les yeux, mortel, c’est ton Dieu qui t’éclaire.

Avant tout rends hommage au Créateur suprême.

Rends avant tout hommage au Créateur suprême.

Jamais loin du droit sens ne fixe ta pensée.

Loin du droit sens jamais ne fixe ta pensée.

Aux traits des médisants ne donnez jamais prise.

Ne donnez jamais prise aux traits des médisants.

15e Exercice

L’élève fera subir un changement de construction aux vers suivants qui sont réguliers, mais qui se prêtent à diverses dispositions.

À l’éternel Témoin gardons-nous de déplaire.

Gardons-nous de déplaire à l’éternel Témoin.

Tu sais bien mieux que moi quels sont mes vrais besoins.

Bien mieux que moi tu sais quels sont mes vrais besoins.

Imitez de Conrart le silence prudent.

De Conrart imitez le silence prudent.

Soyez compatissant pour les malheurs d’autrui.

Pour les malheurs d’autrui soyez compatissant.

N’évitez pas celui que le chagrin oppresse.

On ne saurait jamais avoir trop d’indulgence.

Jamais on ne saurait avoir trop d’indulgence.

Souvent des premiers pas dépend la renommée.

Des premiers pas souvent dépend la renommée.

On est toujours heureux quand on peut-être utile.

Quand on peut-être utile on est toujours heureux

On jouit en voyant les heureux qu’on a faits.

Le travail seul conduit à la prospérité.

Seul le travail conduit à la prospérité.

À tout événement le sage se prépare.

On n’apprend jamais rien sans un travail sévère.

Sans un travail sévère on n’apprend jamais rien

Enfants, réfléchissez avant que d’entreprendre.

Réfléchissez, enfants, avant que d’entreprendre.

Il faut, dans son travail, ordre exact et méthode.

Dans son travail, il faut ordre exact et méthode.

Le succès suit toujours la bonne volonté.

La sûreté toujours naquit de la prudence.

Toujours la sûreté naquit de la prudence.

Au sein des plus grands maux le sage vit tranquille.

L’habitude bientôt rend la peine légère.

Souvent on voit le mal trop tard pour l’éviter.

On voit souvent trop tard le mal pour l’éviter.

La réputation est le trésor du sage.

16e Exercice

Chacun des vers suivants a plus ou moins de douze pieds, et la césure est le plus souvent mal observée. L’élève en fera des vers réguliers de douze pieds, soit en faisant, soit en détruisant une inversion.

Le vrai bien est au ciel, il faut l’acquérir.

Le vrai bien est au ciel, il le faut acquérir.

Du temps et des paroles le sage est ménager.

Le sage est ménager du temps et des paroles.

L’homme est souvent seul l’auteur de ses chagrins.

On ne saurait réparer une offense trop tôt.

On ne saurait trop tôt réparer une offense.

Il faut en toute chose considérer la fin.

En toute chose il faut considérer la fin.

En ce monde, il faut se secourir l’un l’autre.

Ce n’est point à prix d’or que la sagesse se vend.

Ce n’est point à prix d’or que se vend la sagesse.

Toujours une chute amène une autre chute.

Une chute toujours amène une autre chute.

Il faut s’entr’aider, c’est la loi commune.

Il se faut entr’aider, c’est la commune loi.

Jamais l’innocence n’implore le ciel en vain.

L’innocence jamais n’implore le ciel en vain.

L’âme s’épure aisément au creuset des revers.

Aisément l’âme s’épure au creuset des revers.

La vertu est la marque certaine d’un cœur noble.

La vertu d’un cœur noble est la marque certaine.

Oui, c’est l’amour pour Dieu qui doit nous conduire seul.

L’amour-propre accuse toujours la fortune.

L’amour-propre toujours accuse la fortune.

A raison qui discute, mais qui dispute a tort.

Qui discute a raison, mais qui dispute a tort.

Supportons tous les défauts des autres sans humeur.

Supportons sans humeur tous les défauts des autres.

Le sage sait tirer quelque avantage de tout.

Le sage sait tirer de tout quelque avantage.

Mettez de la persévérance dans vos desseins.

Dans vos desseins mettez de la persévérance.

On n’est qu’un insensé quand on donne sans mesure.

Quand on donne sans mesure on n’est qu’un insensé.

De l’hiatus

49. Le mot hiatus veut dire bâillement. On appelle hiatus, en poésie, la rencontre, le choc de deux voyelle dont l’une termine un mot et l’autre commence le mott suivant, comme tu aimes, il a amassé.

50. L’hiatus étant une faute en poésie, on ne pourra jamais faire entrer dans un vers les mots suivants: loi éternelle , vérité immortelle, charité évangélique.

Nota. La conjonction et, suivie d’une voyelle, fait également hiatus, car le t ne se prononce pas; ainsi on ne peut pas dire, sage et aimable.

51. Si la voyelle qui termine le mot est un e muet, cette lettre se fondant avec la voyelle du mot suivant, il n’y a pas d’hiatus. Ainsi l’on peut dire:

La nature et la mort ensemble ont fait un bail.

52. Les mots qui ont une voyelle avant l’e final, comme vie, ravie, joie, proie, aimée, ne peuvent entrer dans le corps du vers, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle, devant laquelle l’e est annulé. Ainsi les vers suivants seraient faux:

Anselme, mon amie, crie Laurence à toute heure…

Ma parole est à vous, ma pensée m’appartient.

Ils deviennent bons si l’on dit:

Anselme, mon amie, crie Agnès à toute heure…

Ma parole est à vous, ma pensée est à moi.

53. La lettre h, non aspirée, placée au commencement du second mot, n’empêche par l’hiatus; on ne saurait dire en vers tu habites, le vrai honneur.

L’h aspiré rentre dans la loi commune à toutes les consonnes et peut suivre une voyelle:

Chacun s’arme au hasard du livre qu’il rencontre.

54. Les anciens poètes ne s’assujettissaient pas à la règle de l’hiatus; mais elle est rigoureuse aujourd’hui. Toutefois elle a ses exceptions, ses licences. Ainsi certaines exclamations peuvent se placer plusieurs de suite, ou venir après de mots qui finissent par une voyelle:

Ah! ah! c’est vous, seigneur Mercure!

Molière

Oh, là, oh! descendez, que l’on ne vous le dise.

La Fontaine

Il en est de même de oui, répété, et de certaines locutions proverbiales qui présentent des hiatus, comme à tort et à travers, il y a, suer sang et eau, etc.:

Le juge prétendait qu’à tort et à travers,

On ne saurait manquer condamnant un pervers.

La Fontaine

Il y a plus que je vous ai vu.

Voltaire

Je suais sang et eau pour voir si, du Japon,

Il viendrait à bon port au fait de son chapon.

Racine

17e Exercice

Chacun des vers suivants, de douze pieds, offre un hiatus que l’élève fera disparaître par un changement de construction.

Il n’est meilleur parent ni ami que soi-même.

Il n’est meilleur ami ni parent que soi-même.

Qu’un véritable ami est une douce chose!

Qu’un ami véritable est une douce chose!

Certain païen gardait chez lui un dieu de bois.

Certain païen chez lui gardait un dieu de bois.

La Fontaine, L’Homme et l’Idole de bois

Le renard dit ainsi, et flatteurs d’applaudir.

Ainsi dit le renard, et flatteurs d’applaudir.

On cria, à ces mots, haro sur le baudet.

À ces mots on cria haro sur le baudet.

Dans les fers la vertu est toujours la vertu.

La vertu dans les fers est toujours la vertu.

Et aucun fiel jamais n’empoisonna ma plume.

Et jamais aucun fiel n’empoisonna ma plume.

Le crime, ainsi que la vertu, a ses degrés.

Ainsi que la vertu le crime a ses degrés.

De ses limiers déjà il entend les abois.

Déjà de ses limiers il entend les abois.

N’accable plus, ami, un esprit malheureux.

Ami n’accable plus un esprit malheureux.

Sans argent la vertu est un meuble inutile.

La vertu sans argent est un meuble inutile.

Boileau, Épître 5

Phébus est sourd pour lui, et Pégase est rétif.

Pour lui Phébus est sourd, et Pégaes est rétif.

Le porc coûtera, à s’engraisser, peu de son.

À s’engraisser le porc coûtera peu de son.

De mon fils je n’ai pu envisager la mort.

Je n’ai pu de mon fils envisager la mort.

Souvent l’adversité est une heureuse école.

L’adversité souvent est une heureuse école.

De l’amitié Henri sentit les nobles flammes.

Soyez pressé et vif dans vos narrations.

Soyez vif et pressé dans vos narrations.

Vous avez illustré en tout temps nos contrées.

En tout temps vous avez illustré nos contrées.

Le chameau, aisément, supporte la fatigue.

Aisément le chameau supporte la fatigue.

De l’erreur le bandeau aveugle tous les yeux.

Le bandeau de l’erreur aveugle tous les yeux.

18e Exercice

Chacun des vers suivants offre un hiatus que l’élève fera disparaître par un changement de construction.

À l’œil perçant de Dieu on ne peut rien cacher.

On ne peut rien cacher à l’œil perçant de Dieu.

Heureux qui en Dieu met toute son espérance.

Heureux qui met en Dieu toute son espérance.

J’ai toujours réfléchi avant que de promettre.

n

Pour être aimé on doit toujours chercher à plaire.

Toujours pour être aimé on doit chercher à plaire.

Par la vertu il faut que les cœurs soient unis.

Il faut par la vertu que les cœurs soient unis.

De la tendre amitié as-tu joui longtemps?

As-tu joui longtemps de la tendre amitié?

Mon ami, il ne faut plaire qu’aux gens honnêtes.

Il ne faut, mon ami plaire qu’aux gens honnêtes.

Ne croyez pas trop vite à l’amitié, enfants.

Enfants, ne croyez pas trop vite à l’amitié.

Ici-bas la vertu est toujours poursuivie.

La vertu ici bas est toujours poursuivie.

Qui aisément pardonne invite à l’offenser.

Qui pardonne aisément invite à l’offenser.

Corneille, Cinna

Le moucheron demeure où a passé la guêpe.

Des sottises d’autrui au palais nous vivons.

Nous vivons au palais des sottises d’autrui.

Tout était adoré au temps de Jupiter.

Au temps de Jupiter tout était adoré.

À tout l’or du Pérou on préfère un laurier.

On préfère un laurier à tout l’or du Pérou.

Alexis Piron, La Métroménie

La curiosité est toujours indiscrète.

En n’aimant pas autrui espères-tu un laurier.

Espères-tu un laurier en n’aimant pas autrui?

Honorons les talents, la vertu et la gloire.

Honorons les talents, la gloire et la vertu.

Sur son trône affermi, il bravait les complots.

Affermi sur son trône, il bravait les complots.

D’un héros l’amitié est un bienfait des dieux.

L’amitié d’un héros est un bienfait des dieux.

Qui est né dans la pourpre en est rarement digne.

Quand reste la vertu, on a perdu bien peu.

On a perdu bien peu quand reste la vertu.

Voltaire, Adélaïde du Guesclin

Du mélange des vers.

55. Quand les vers sont disposés de manière qu’il y ait deux rimes d’un genre, puis deux rimes d’un autre genre, par exemple deux rimes féminines suivies de deux rimes masculines, puis deux rimes féminines, etc., ces rimes sont dites plates ou suivies. Ex.:

J’ai beau vous arrêter, ma remontrance est vaine;

Allez, partez, mes vers, derniers fruits de ma veine;

C’est trop languir chez moi dans un obscur séjour;

La prison vous déplaît, vous cherchez le grand jour;

Et déjà chez Barbin, ambitieux libelles,

Vous brûlez d’étaler vous feuilles criminelles.

Vains et faibles enfants dans ma vieillesse nés,

Vous croyez, sur les pas de vos heureux aînés,

Voir bientôt vos bons mots, passant du peuple aux princes.

Charmer également la ville et les provinces;

Et, par le prompt effet d’un sel réjouissant,

Devenir quelquefois proverbes en naissant.

Boileau

56. Quand une rime féminine alterne avec une rime masculine, ou réciproquement, les rimes sont dites croisées.

J’ai vu sous le soleil tomber bien d’autres choses

Que les feuilles des bois et l’écume des eaux,

Bien d’autres s’en aller que le parfum des roses

Et le chant des oiseaux.

Alfred de Musset.

57. Les rimes sont encore croisées quand deux rimes masculines sont enfermées par deux rimes féminines, et, réciproquement, deux rimes féminines par deux rimes masculines. Ex.:

Dieu parle, et nous voyons les trônes mis en poudre,

Les chefs aveuglés par l’erreur,

Les soldats consternés d’horreur,

Les vaisseaux submergés ou brûlés par la foudre.

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu’il déracine

Celui de qui la tête au ciel était voisine,

Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

La Fontaine

58. Enfin les rimes sont dites mêlées, quand les vers masculins et les vers féminins se succèdent sans uniformité; c’est d’après cette règle, c’est-à-dire en vers libres, que sont écrites presque toutes les fables de La Fontaine:

La Mouche et la Fourmi

La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.

Oh! Jupiter! dit la première,

Faut-il que l’amour-propre aveugle les esprits

D’une si terrible manière,

Qu’un vil et rampant animal

À la fille de l’air ose se dire égal!

Je hante les palais, je m’assieds à la ta table!

Si l’on t’immole un bœuf, j’en goûte devant toi;

Pendant que celle-ci, chétive et misérable,

Vit trois jours d’un fétu qu’elle a traîné chez soi.

Mais, ma mignonne, dites-moi,

Vous campez-vous jamais sur la tête d’un roi,

D’un empereur, ou d’une belle?

Je rehausse d’un teint la blancheur naturelle;

Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête,

C’est un ajustement des mouches emprunté.

Puis allez-moi rompre la tête

De vos greniers!…

Toutefois, cette liberté a ses limites:

1° On ne doit mettre de suite deux rimes masculines ou féminines qui ne rimeraient pas ensemble.

2° Quel que soit le genre de poésie qu’on adopte, il ne faut pas placer plus de trois rimes semblables à côté les unes les autres:

Le peuple des souris croit que c’est châtiment,

Qu’il a fait un larcin de rôt ou de fromage,

Égratigné quelqu’un, causé quelque dommage,

Enfin qu’on a pendu le mauvais garnement.

Toutes, dis-je, unanimement,

Se promettent de rire à son enterrement;

Mettent le nez à l’air, montrent un peu la tête…

La Fontaine

19e Exercice

Nous n’avons fait qu’un seul paragraphe de la fable suivante, qui renferme dix-sept vers. L’élève rétablira ces vers, en remarquant qu’ils ne sont pas d’égale mesure.

Nota. Tous les vers sont de douze ou de huit pieds.

L’Agneau et le loup

Un agneau propre et blanc buvait dans un ruisseau. Le loup vient et lui dit: Tu m’as sali cette eau; il faut, drôle, que je te mange. Le mouton répondit avec une voix d’ange: Grâce, monsieur le loup, ne soyez pas méchant! je vais boire plus loin. Le loup se rapprochant: Moi, méchant! je suis donc un méchant, à t’en croire? Je t’aurais pardonné de boire, mais cette injure veut du sang. Tu vas mourir, je te dévore! Une voix dans l’instant s’écria: Pas encore! Et c’était un chasseur qui, près de là passant, voyant l’abominable bête courir sur l’agneau frémissant, lui décharge d’un coup son fusil dans la tête. L’agneau joyeux se sauve, et paf! le loup est mort. — Les agneaux ont raison: les loups ont toujours tort.

Corrigé

L’Agneau et le loup

Un agneau propre et blanc buvait dans un ruisseau.

Le loup vient et lui dit: «Tu m’as sali cette eau;

Il faut, drôle que je te mange.»

Le mouton répondit avec une voix d’ange:

«Grâce, monsieur le loup, ne soyez pas méchant!

Je vais boire plus loin.» Le loup se rapprochant:

«Moi, méchant! je suis donc un méchant, à t’en croire?

Je t’aurais pardonné de boire,

Mais cette injure veut du sang.

Tu vas mourir, je te dévore!»

Une voix dans l’instant s’écria: «Pas encore!»

Et c’était un chasseur, près de là passant,

Voyant l’abominable bête

Courir sur l’agneau frémissant,

Lui décharge d’un coup son fusil dans la tête.

L’agneau joyeux se sauve, et paf! le loup est mort.

— Les agneaux ont raison: les loups ont toujours tort.

De l’enjambement

59. On appelle enjambement le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots indispensables au sens du vers précédent:

C’était votre nourrice. Elle vous ramena,

Suivit exactement l’ordre que lui donna

Votre père.

Ces deux derniers mots forment un enjambement. Ces sortes de soubresauts sont proscrits comme nuisibles au rhythme et à l’harmonie, principalement dans les vers de 10 et de 12 pieds, lorsqu’ils appartiennent à la haute poésie. Toutefois, cette règle n’a rien d’absolu, et l’enjambement est toléré dans les trois cas suivants:

1. Quand il y a interruption, suspension, réticence après l’enjambement:

Le ciel te donne Achille, et ma joie est extrême

De t’entendre nommer… Mais le voici lui-même.

Racine

2. Quand la partie rejetée au vers suivant est placée entre des signes de ponctuation, de manière à former une chute, un repos naturel:

Je ne te vante point cette faible victoire,

Titus. Ah! plût au ciel, que, sans blesser ta gloire…

Racine

L’Évangile au chrétien ne dit en aucun lieu:

Sois dévôt; il dit: soit simple, juste, équitable.

Boileau

Sitôt que du nectar la coupe est abreuvée,

On dessert; et soudain la nappe étant levée…

Boileau

3. Dans les vers familiers, tels que les comédies, certaines épîtres, les épigrammes, etc.:

Ne manquez pas du moins; j’ai quatorze bouteilles

D’un vin vieux… Boucingot n’en a point de pareilles.

Racine

… Puis donc qu’on nous permet de prendre

Haleine, et que l’on nous défend de nous étendre.

Racine

60. Les lois de la césure et de l’enjambement, qui étaient rigoureusement observées par nos poètes classiques, ne le sont plus guère par les écrivains de notre époque, par les poètes romantiques. Ceux-ci, ainsi que le mot l’indique, ont suivi les libres allures des poètes du moyen âge, qui écrivaient en langue romane. Le morceau suivant est de V. Hugo, le chef de cette nouvelle école:

Quand l’aube luit pour moi, quand je regarde vivre

Toute cette forêt dont la senteur m’enivre,

Ces sources et ces fleurs, je n’ai pas de raison

De me plaindre, je suis le fils de la maison.

Je n’ai point fait de mal. Calme, avec l’indigence

Et les haillons, je vis en bonne intelligence,

Et je fais bon ménage avec Dieu mon voisin.

Je le sens près de moi dans le nid, dans l’essaim,

Dans les arbres profonds où parle une voix douce,

Dans l’azur où la vie à chaque instant nous pousse,

Et dans cette ombre vaste et sainte où je suis né.

Je ne demande à Dieu rien de trop, car je n’ai

Pas grande ambition, et, pourvu que j’atteigne

Jusqu’à la branche où pend la mûre ou la châtaigne,

Il est content de moi, je suis content de lui.

20e Exercice

Dans le devoir suivant, l’élève indiquera les enjambements.

Écoutez-moi, Marie:

J’ai pour tout nom Didier. Je n’ai jamais connu

Mon père ni ma mère. On me déposa nu,

Tout enfant, sur le seuil d’une église. Une femme

Vieille et du peuple, ayant quelque pitié dans l’âme,

Me prit, fut ma nourrice et ma mère, en chrétien

M’éleva, puis mourut, me laissant tout son bien,

Neuf cent livres de rente, à peu près, dont j’existe.

Seul à vingt ans, la vie était amère et triste,

Car je ne vis qu’orgueil, que misère et que peine

Sur ce miroir terni qu’on nomme face humaine.

Si bien que me voici, jeune encore, et pourtant

Vieux, et du monde las comme on l’est en sortant;

Ne me heurtant à rien où je ne me déchire;

Trouvant le monde mal, mais trouvant l’homme pire.

Or je vivais ainsi, pauvre, sombre, isolé,

Quand vous êtes venue et m’avez consolé.

Je ne vous connais pas. Au détour d’une rue,

C’est à Paris qu’un soir vous m’êtes apparue.

Puis, je vous ai parfois rencontrée, et toujours

J’ai trouvé doux vos yeux et tendres vos discours.

V. Hugo, Marion de Lorme

Corrigé

Écoutez-moi, Marie:

J’ai pour tout nom Didier. Je n’ai jamais connu

Mon père ni ma mère. On me déposa nu,

Tout enfant, sur le seuil d’une église. Une femme

Vieille et du peuple, ayant quelque pitié dans l’âme,

Me prit, fut ma nourrice et ma mère, en chrétien

M’éleva, puis mourut, me laissant tout son bien,

Neuf cent livres de rente, à peu près, dont j’existe.

Seul à vingt ans, la vie était amère et triste,

Car je ne vis qu’orgueil, que misère et que peine

Sur ce miroir terni qu’on nomme face humaine.

Si bien que me voici, jeune encore, et pourtant

Vieux, et du monde las comme on l’est en sortant;

Ne me heurtant à rien où je ne me déchire;

Trouvant le monde mal, mais trouvant l’homme pire.

Or je vivais ainsi, pauvre, sombre, isolé,

Quand vous êtes venue et m’avez consolé.

Je ne vous connais pas. Au détour d’une rue,

C’est à Paris qu’un soir vous m’êtes apparue.

Puis, je vous ai parfois rencontrée, et toujours

J’ai trouvé doux vos yeux et tendres vos discours.

V. Hugo, Marion de Lorme

Des licences poétiques

61. Si la poésie a les entraves de la mesure et de la rime, elle a aussi certains privilèges, certaines licences qui ne sont pas permises à la prose. Ces licences portent principalement sur l’orthographe des mots.

Il est permis au poète:

1. D’écrire encore avec ou sans e, suivant les besoins de la mesure ou de la rime. Ex.:

Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage.

D’écrire avec ou sans s les mots jusques, jusque; certes, certe; naguères, naguère; guères, guère; grâces à, grâce à, et certains noms propres, comme Athènes, Athène; Thèbes, Thèbe; Londres, Londre; Charles, Charle, Démosthènes, Démosthène; Versailles, Versaille, etc.

Sion, jusques au ciel élevée autrefois,

Jusqu’aux enfers maintenant abaissée.

Racine

Thèbes à cet arrêt n’a point voulu se rendre.

Racine

Et l’on insulte au dieu que Thèbe entière adore.

De Saint-Ange

3. De supprimer s de la première personne de certains verbes, comme j’aperçois, j’aperçoi; je crois, je croi; je dois, je doi; j’avertis, j’averti; je ris, je ri. Ex.:

Portez à votre père un cœur où j’entrevoi

Moins de respect pour lui que de haine pour moi.

Racine

Vous ne répondez pas? Perfide, je le voi,

Tu comptes les moments que tu perds avec moi.

Racine

21e Exercice

Le devoir suivant présent des vers mal construits, mais que l’on peut rendre réguliers au moyen d’une des licences permises en poésie. L’élève fera ce travail.

Lent et majestueux, le fleuve est escorté

Lent et majestueux, le fleuve est escorté

Des glaçons qui naguères enchaînaient sa fierté.

Des glaçons qui naguère enchaînaient sa fierté.

Encore si, pour rimer, dans sa verve indiscrète

Encor si, pour rimer, dans sa verve indiscrète

Ma muse au moins souffrait une froide épithète

Ma muse au moins souffrait une froide épithète

Oui, je rends grâces aux dieux d’être encore innocent.

Oui, je rends grâce aux dieux d’être encore innocent.

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre,

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre,

Madame, on me m’a pas instruite à les entendre,

Madame, on me m’a pas instruite à les entendre,

Et les dieux, contre moi dès longtemps indignés,

Et les dieux, contre moi dès longtemps indignés,

À mon oreille encore les avaient épargnés.

À mon oreille encor les avaient épargnés.

Pars, venge-moi d’Aglaure; Athènes est son pays.

Pars, venge-moi d’Aglaure; Athène est son pays.

Apprenez ce qu’Édouard cache encore à sa cour,

Apprenez ce qu’Édouard cache encor à sa cour,

Et ce que verra Londres avant la fin du jour.

Et ce que verra Londre avant la fin du jour.

Gênes entière combat dans ce moment fatal.

Gêne entière combat dans ce moment fatal.

Quiconque n’a rien vu n’a guères à dire aussi.

Quiconque n’a rien vu n’a guère à dire aussi.

Alors jusqu’à vous je descendrai peut-être.

Alors jusques à vous je descendrai peut-être.

Je l’apporte en naissant, elle est écrite en moi,

Je l’apporte en naissant, elle est écrite en moi,

Cette loi qui m’instruit de tout ce que je dois.

Cette loi qui m’instruit de tout ce que je doi. (pour la rime)

Vis, superbe ennemi, sois libre et te souviens

Vis, superbe ennemi, sois libre et te souvien

Quel fut et le devoir et la mort d’un chrétien.

Quel fut et le devoir et la mort d’un chrétien.

Fais donner le signal, cours, ordonne et reviens

Fais donner le signal, cours, ordonne et revien

Me délivrer bientôt d’un fâcheux entretien.

Me délivrer bientôt d’un fâcheux entretien.

Hélas! si vous saviez comme il était ravi,

Hélas! si vous saviez comme il était ravi,

Comme il perdit son mail sitôt que je le vis!

Comme il perdit son mail sitôt que je le vi!

22e Exercice

Le devoir suivant présente des vers mal construits, mais que l’on peut rendre réguliers au moyen d’une des licences permises en poésie. L’élève fera ce travail.

Ce discours te surpend, docteur, je l’aperçois,

Ce discours te surprend, docteur, je l’aperçoi,

L’homme, de la nature, est le chef et le roi.

L’homme, de la nature, est le chef et le roi.

Visir, songez à vous, je vous en avertis,

Visir, songez à vous, je vous en averti,

Et sans compter sur moi, prenez votre parti.

Et sans compter sur moi, prenez votre parti.

En les blâmant enfin, j’ai dit ce que j’en crois,

En les blâmant enfin, j’ai dit ce que j’en croi,

Et tel qui me reprend en pense autant que moi.

Et tel qui me reprend en pense autant que moi.

Ne nous associons qu’avec nos égaux.

Ne nous associons qu’avecque nos égaux.

Mes yeux sont éblouis du jour que je revois,

Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.

Monsieur, ce galant homme a le cerveau blessé,

Monsieur, ce galant homme a le cerveau blessé,

Ne le savez-vous point? — Je sais ce que je sais.

Ne le savez-vous point? — Je sais ce que je sais.

Molière, L’Étourdi

Non, non, Britannicus s’abandonne à ma foi;

Non, non, Britannicus s’abandonne à ma foi;

Par son ordre, seigneur, il croit que je vous vois.

Par son ordre, seigneur, il croit que je vous voi.

Sachez que de céans j’en rabats de moitié,

Sachez que de céans j’en rabats de moitié,

Et qu’il fera beau temps quand j’y mettrai le pied.

Et qu’il fera beau temps quand j’y mettrai le pied.

Hélas! partout où tu repasses,

Hélas! partout où tu repasses,

C’est le deuil, le vide ou la mort,

C’est le deuil, le vide ou la mort,

Et rien n’a germé sur nos traces

Et rien n’a germé sur nos traces

Que la douleur ou le remords.

Que la douleur ou le remord.

Mais quoi que je craignisse, il faut que je le dise,

Mais quoi que je craignisse, il faut que je le die,

Je n’en avais prévu que la moindre partie.

Je n’en avais prévu que la moindre partie.

Grâce au ciel, mes mains ne sont point criminelles.

Grâce au ciel, mes mains ne sont point criminelles.

Encore si ta valeur, à tout vaincre obstinée,

Encor si ta valeur, à tout vaincre obstinée,

Nous laissait pour le moins respirer une année.

Nous laissait pour le moins respirer une année.

Des mots poétiques

62. Le style de la poésie doit être plus choisi, plus relevé, plus noble que celui de la prose. Aussi y a-t-il certains mots, certaines locutions surtout, qui, très usitées en prose, rendraient la poésie languissante. Ce sont les suivantes: c’est pourquoi, afin que, pourvu que, parce que, de manière que, de même que, après que, à moins que, non seulement, en effet, d’ailleurs, pour ainsi dire, etc.

63. Quant aux mots qui sont par eux-mêmes bas et vulgaires, le véritable poète sait les relever et les ennoblir, et trouver dans son génie l’artifice qui fait disparaître la bassesse des choses que ces termes expriment. Racine en offre d’heureux exemples:

Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux,

Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

Racine

Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?

Racine

Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce

Chatouillait de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse.

Racine

Tu le vois tous les jours, devant toi prosterné…

Baiser avec respect le pavé de tes temples.

Racine

Donnez: peu me suffit. Je ne suis qu’un enfant;

Un petit sou me rend la vie.

Alexandre Guiraud

64. Beaucoup d’expressions qui seraient trop emphatiques dans la prose ordinaire sont admises en poésie. En voici une liste par ordre alphabétique:

Achéron pour Enfer
Acier poignard, épée, couteau.
Airain canon, cloche
Amphitrite la mer
Antique ancien
Aquilon vent violent
Bacchus vin
Borée vent froid
Bronze canon
Chant récit
Char carrosse
Cocyte Enfer
Courroux colère
Coursier cheval
Diadème couronne
Entrailles ventre
Éole le vent
Épouse femme
Époux mari
Espoir espérance
Éternel Dieu
Exploits actions
Fastes histoire
Flamme amour
Flanc corps
Forfait crime
Glaive épée
Humains hommes
Hymen mariage
Hyménée mariage
Jadis, naguère autrefois
Labeur travail
Lustre cinq ans
Mortel homme
Onde eau
Penser pensée
Pinceau plume
Plaine liquide mer
Pontife prêtre
Sombres bords Enfer
Soudain aussitôt
Souvenance souvenir
Tartare Enfer
Ténare Enfer
Tiare papauté
Trépas mort
Vesper le soir
Voix parole
Zéphyr vent léger

23e Exercice

Dans les vers suivants, nous mettons en italique le terme vulgaire; l’élève le remplacera par le terme poétique sans changer la mesure.

Un bruit, …

Sur Joad accusé de dangereux complots,

Allait de sa colère attirer tous les flots.

Corrigé

Un bruit, …

Sur Joad accusé de dangereux complots,

Allait de son courroux attirer tous les flots.

De leur chevaux fougueux toux deux pressent les flancs.

Corrigé

De leur coursiers fougueux toux deux pressent les flancs.

Quel fruit de ce travail pensez-vous recueillir?

Autant qu’un patriarche il vous faudrait vieillir.

Corrigé

Quel fruit de ce labeur pensez-vous recueillir?

Autant qu’un patriarche il vous faudrait vieillir.

… La déesse en furie

Vers ces antres, du vent orageuse patrie,

Précipite son char.

Corrigé

… La déesse en furie

Vers ces antres, éole orageuse patrie,

Précipite son char.

Des hommes moins connu, je me cacherai mieux.

Corrigé

Des humains moins connu, je me cacherai mieux.

Il demandait aux dieux une femme accomplie.

Corrigé

Il demandait aux dieux une épouse accomplie.

Il voulait renouer les liens du mariage.

Corrigé

Il voulait renouer les liens de l’hyménée.

Il brûlait pour Jésus d’un amour éternel.

Corrigé

Il brûlait pour Jésus d’une flamme éternelle.

Autrefois des esprits hantaient chaque village;

Tout homme consultait son sorcier, son devin;

Tout château renfermait ses spectres, son lutin.

Corrigé

Naguère des esprits hantaient chaque village;

Tout homme consultait son sorcier, son devin;

Tout château renfermait ses spectres, son lutin.

L’âne vint à son tour et dit: J’ai souvenir

Corrigé

L’âne vint à son tour et dit: J’ai souvenance

Elle invoque à grands cris tous les dieux de l’enfer.

Corrigé

Elle invoque à grands cris tous les dieux de Cocyte.

Le soir s’avance, il va répandre

Cette clarté mobile et tendre

Qui semble caresser les yeux.

Corrigé

Vesper s’avance, il va répandre

Cette clarté mobile et tendre

Qui semble caresser les yeux.

J’ai senti tout à coup un poignard homicide.

Corrigé

J’ai senti tout à coup un acier homicide.

Il abaisse à nos pieds l’orgueil de la couronne.

Corrigé

Il abaisse à nos pieds l’orgueil du diadème.

J’attendais un mari de la main de mon père.

Corrigé

J’attendais un époux de la main de mon père.

Ô toi! de mon repos compagne aimable et sombre,

À des crimes si noirs prêteras-tu ton ombre?

Corrigé

Ô toi! de mon repos compagne aimable et sombre,

À des forfaits si noirs prêteras-tu ton ombre?

Mon cher fils, dit Louis, c’est de là que la grâce

Aux hommes fait sentir sa faveur efficace.

Corrigé

Mon cher fils, dit Louis, c’est de là que la grâce

Aux mortels fait sentir sa faveur efficace.

Ils s’attaquent cent fois et cent fois se repoussent;

Leur courage s’augmente, et leurs épées s’émoussent.

Corrigé

Ils s’attaquent cent fois et cent fois se repoussent;

Leur courage s’augmente, et leurs glaives s’émoussent.

Le limon, …

S’élève en bouillonnant sur la face des eaux.

Corrigé

Le limon, …

S’élève en bouillonnant sur la face de l’onde.

Où sont, Dieu de Jacob, tes anciennes bontés?

Corrigé

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés?

Belle Aréthuse, ainsi ton onde fortunée

Roule au sein furieux de la mer étonnée…

Corrigé

Belle Aréthuse, ainsi ton onde fortunée

Roule au sein furieux d’Amphitrite étonnée…

… La cloche funèbre

Gémit sur le cercueil de ce vieillard célèbre.

Corrigé

… La cloche funèbre

Gémit sur le cercueil de ce vieillard célèbre.

Ces bombes, de la mort filles épouvantables,

Et ce canon tonnant que Belonne a creusé,

Ne lançaient point encor de leurs flancs redoutables

Un tréas embrasé.

Corrigé

Ces bombes, de la mort filles épouvantables,

Et cet airain tonnant que Belonne a creusé,

Ne lançaient point encor de leurs flancs redoutables

Un trépas embrasé.

L’an suivant, l’aigle mit son nid en lieu plus haut.

Corrigé

L’an suivant, l’aigle mit son nid en lieu plus haut.

De la périphrase

62. Très-souvent, en poésie, au lieu de nommer les choses par leur nom, on se sert d’un assemblage de mots appelé périphrase. Ainsi, au lieu de dire la jeunesse, la rosée, l’enfer, les poètes disent le printemps de la vie, les pleurs de l’Aurore, les sombres bords. Le propre de la périphrase est de présenter la pensée sous une forme plus noble, plus gracieuse et d’une manière plus précise.

24e Exercice

Dans le devoir suivant, le vers a été détruit; l’élève le rétablira en substituant une périphrase au terme simple écrit en italique.

Tous les vers à rétablir sont de douze pieds.

Sur un rocher mourut Napoléon.

Corrigé

Sur un rocher mourut le vainqueur d’Austerlitz.

On vante les exploits de Bayard.

Corrigé

On vante les exploits du chevalier sans peur.

De Berquin lis lse pages touchantes.

Corrigé

De Berquin lis lse pages touchantes.

Je m’assis dans un coin du cimetière.

Corrigé

Je m’assis dans un coin du cimetière.

Devant Dieu tous les peuples s’abaissent.

Corrigé

Devant le créateur tous les peuples s’abaissent.

Heureux le cultivateur s’il connaît son bonheur!

Corrigé

Heureux le cultivateur s’il connaît son bonheur!

Le lion se mit un jour en tête

De giboyer; il célébrait sa fête

Corrigé

Le roi des animaux se mit un jour en tête

De giboyer; il célébrait sa fête

L’aigle, sans répondre un seul mot,

Choque de l’aile l’escarbot.

Corrigé

L’aigle, sans répondre un seul mot,

Choque de l’aile l’escarbot.

J’ai senti tout à coup un poignard,

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

Corrigé

J’ai senti tout à coup un poignard,

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

… L’air du matin, la fraîcheur de l’aurore,

Appellent à l’envi les botanistes.

Corrigé

… L’air du matin, la fraîcheur de l’aurore,

Appellent à l’envi les botanistes.

Lui seul aux yeux des Juifs découvrit le dessein

De deux traîtres tout prêts à vous tuer.

Corrigé

Lui seul aux yeux des Juifs découvrit le dessein

De deux traîtres tout prêts à vous tuer.

… Brillant de pourpre et d’or,

Le papillon prend son volage essor.

Corrigé

… Brillant de pourpre et d’or,

Le papillon prend son volage essor.

J’aimais à parcours, au printemps,

Ce vallon émaillé des plus riches couleurs.

Corrigé

J’aimais à parcours, au printemps,

Ce vallon émaillé des plus riches couleurs.

Les plaisirs sont des fleurs que notre divin Maître,

Dans les ronces du monde, autour de nous fit naître:

Chacun a sa saison, et par des soins prudents,

On en peut conserver pour sa vieillesse.

Corrigé

Les plaisirs sont des fleurs que notre divin Maître,

Dans les ronces du monde, autour de nous fit naître:

Chacun a sa saison, et par des soins prudents,

On en peut conserver pour sa vieillesse.

Eh bien! furies, vos mains sont-elles prêtes?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

Corrigé

Eh bien! furies, vos mains sont-elles prêtes?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

Le poète dépeint sur les mers

Le combat des autans tyrannisant les ondes.

Corrigé

Le poète dépeint sur les mers

Le combat des autans tyrannisant les ondes.

On peut jouir en paix dans la vieillesse

De ces fruits qu’au printemps sème notre industrie.

Corrigé

On peut jouir en paix dans l’hiver de la vie

De ces fruits qu’au printemps sème notre industrie.

Zéphyr, pour animer la fleur qui vient d’éclore,

Va dérober au ciel la rosée.

Corrigé

Zéphyr, pour animer la fleur qui vient d’éclore,

Va dérober au ciel la rosée.

Du rossignol j’entends la voix touchante;

C’est du noir Pandion la fille gémissante.

Corrigé

Du rossignol j’entends la voix touchante;

C’est du noir Pandion la fille gémissante.

De regrets, de douleurs la jeunesse est suivie.

Qu’il passe vite hélas! le jeune âge!

Corrigé

De regrets, de douleurs la jeunesse est suivie.

Qu’il passe vite hélas! le printemps de la vie!

Par le secours du soc, la terre se couronne

Des présents de Bacchus et des fruits.

Corrigé

Par le secours du soc, la terre se couronne

Des présents de Bacchus et des fruits.

25e Exercice

Dans le devoir suivant, le vers a été détruit; l’élève le rétablira en substituant une périphrase au terme simple écrit en italique.

Nota. Tous les vers à rétablir sont de douze pieds.

Saint Remi baptisa Clovis.

Corrigé

Saint Remi baptisa le conquérant des Gaules.

Dieu protège et soutient la papauté.

Corrigé

Dieu protège et soutient la barque de saint Pierre.

C’était le plus vaillant des Espagnols.

Corrigé

C’était le plus vaillant des Espagnols.

Malgré les ouragans et les plaines profondes,

Nos flottes fendent le sein des ondes.

Corrigé

Malgré les ouragans et les plaines profondes,

Nos flottes fendent le sein des ondes.

Au fond des vastes mers le dieu se précipite,

Et cherche son salut dans l’Océan.

Corrigé

Au fond des vastes mers le dieu se précipite,

Et cherche son salut dans l’Océan.

Un essaim bourdonnant de ces abeilles

Vole de fleur en fleur et recueille le miel.

Corrigé

Un essaim bourdonnant de ces abeilles

Vole de fleur en fleur et recueille le miel.

Cependant sur le dos de la mer

S’élève à gros bouillons une montagne humide.

Corrigé

Cependant sur le dos de la plaine liquide

S’élève à gros bouillons une montagne humide.

Le peuple, prosterné sous ces voûtes antiques,

Avait de David entonné les cantiques.

Corrigé

Le peuple, prosterné sous ces voûtes antiques,

Avait du Roi-Prophète entonné les cantiques.

Et le fer et le feu, volant de toutes parts,

De cent canons foudroyaient leurs remparts.

Corrigé

Et le fer et le feu, volant de toutes parts,

De cent boucher d’airain foudroyaient leurs remparts.

Je vois déjà la rame et la barque fatale,

J’entends Caron sur la rive infernale.

Corrigé

Je vois déjà la rame et la barque fatale,

J’entends le vieux nocher sur la rive infernale.

Le jour ne brillait point; la lune

Sur son char inconstant poursuivait sa carrière.

Corrigé

Le jour ne brillait point; la nocturne courrière

Sur son char inconstant poursuivait sa carrière.

Le café, la feuille de Canton,

Vont verser leur nectar dans l’émail du Japon.

Corrigé

La fève de Moka, la feuille de Canton,

Vont verser leur nectar dans l’émail du Japon.

Au sommet de ces monts, couronnés de bois sombres,

Le crépuscule encore jette un dernier rayon,

Et le char vaporeux de la lune

Monte et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Lamartine

Corrigé

Au sommet de ces monts, couronnés de bois sombres,

Le crépuscule encore jette un dernier rayon,

Et le char vaporeux de la reine des ombres

Monte et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Lamartine

Le poète, ainsi que le guerrier,

A tout l’or du Pérou préfère un beau laurier.

Corrigé

Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier,

A tout l’or du Pérou préfère un beau laurier.

Que la Victoire vole, et que les grands exploits

Soient portés en cent lieux par la Renommée.

Corrigé

Que la Victoire vole, et que les grands exploits

Soient portés en cent lieux par la nymphe aux cent voix.

Seigneur, vous pouvez tout, mes parents

Vous ont donné sur moi leur souverain empire.

Corrigé

Seigneur, vous pouvez tout, ceux par qui je respire

Vous ont donné sur moi leur souverain empire.

Un Dieu qui prit pitié des hommes,

Mit auprès du plaisir le travail et la peine.

Corrigé

Un Dieu qui prit pitié de la nature humaine,

Mit auprès du plaisir le travail et la peine.

Et du même regard Dieu*La rime est Architecte.

Envisage la mort d’un monde et d’un insecte.

Corrigé

Et du même regard l’éternel Architecte

Envisage la mort d’un monde et d’un insecte.

Ce vieillard qui va mourir

Retrouve encor des pleurs en parlant de sa mère.

Corrigé

Ce vieillard qui va perdre un reste de lumière

Retrouve encor des pleurs en parlant de sa mère.

Malgré soixante hivers escortés de seize ans,

Je fais encore des vers.

Corrigé

Malgré soixante hivers escortés de seize ans,

Je fais encore au monde entendre mes accents.

Le jour pointait déjà qu’on se livrait encore

À la danse*La rime est Terpsichore..

Corrigé

Le jour pointait déjà qu’on se livrait encore

Aux tumultes charmants des jeux de Terpsichore.

Qui n’admire surtout, malgré ses cris aigus,

Le Paon*La rime est Argus.

Corrigé

Qui n’admire surtout, malgré ses cris aigus,

L’oiseau sur qui Junon sema les yeux d’Argus?

26e Exercice

Les vers suivants, empruntés à La Fontaine, offrent des irrégularités syntaxiques ou grammaticales. L’élève les rétablira suivant les lois de la grammaire ou de l’orthographe, et indiquera la raison (nécessité de la rime ou de la mesure) qui a déterminé le poète à braver ces règles.

Nota. Un grand nombre de ces irrégularités sont des licences permises au poète.

C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré

Au conseil de celui que prêche ton curé.

Corrigé

C’est dommage, Garo, que tu ne sois point entré

Au conseil de celui que prêche ton curé.

Il y a dans l’expression c’est dommage une idée de regret qui exige l’emploi du subjonctif dans la proposition subordonnée. Mais alors la mesure serait violée, puisque le vers aurait treize pieds.

Quoi! dit-il, sans mourir je perdrai cette somme!

Je ne me pendrai pas! Et vraiment si ferai,

Ou de corde je manquerai.

Corrigé

Quoi! dit-il, sans mourir je perdrai cette somme!

Je ne me pendrai pas! Et vraiment si ferai,

Ou de corde je manquerai.

Robin mouton qui par la ville

Me suivait pour un peu de pain,

Et qui m’aurait suivi jusques au bout du monde.

Corrigé

Robin mouton qui par la ville

Me suivait pour un peu de pain,

Et qui m’aurait suivi jusqu’au bout du monde.

La mesure serait perdue. Le vers aurait onze pieds.

Le voyageur s’éloigne: et voilà qu’un nuage

L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.

Corrigé

Le voyageur s’éloigne: et voilà qu’un nuage

L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.

Un octogénaire plantait.

Passe encor de bâtir; mais planter à cet âge!

Assurément, il radotait.

Corrigé

Un octogénaire plantait.

Passe encore de bâtir; mais planter à cet âge!

Assurément, il radotait.

Mais en vain: car comment comprendre

Qu’aussitôt que chacune sœur

Ne possédera plus sa part héréditaire,

Il lui faudra payer sa mère.

Corrigé

Mais en vain: car comment comprendre

Qu’aussitôt que chaque sœur

Ne possédera plus sa part héréditaire,

Il lui faudra payer sa mère.

À demeurer chez soi l’une et l’autre s’obstine

Pour secourir les siens dedans l’occasion:

L’oiseau royal, en cas de mine;

La laie, en cas d’irruption.

Corrigé

À demeurer chez soi l’une et l’autre s’obstine

Pour secourir les siens dedans l’occasion:

L’oiseau royal, en cas de mine;

La laie, en cas d’irruption.

Après mille ans et plus de guerre déclarée,

Les loups firent la paix avecque les brebis.

Corrigé

Après mille ans et plus de guerre déclarée,

Les loups firent la paix avec les brebis.

Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites?

Corrigé

Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites?

27e Exercice

Dans cet exercice, l’élève rétablira les vers suivant les lois de la grammaire ou de l’orthographe, et fera connaître les raisons du poète.

La seconde, par droit, me doit échoir encor:

Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.

Corrigé

La seconde, par droit, me doit échoir encore:

Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.

Le poète ne pouvait mettre encore à la fin du premier vers, car il fallait rimer avec fort.

Celle-ci prévoyait jusqu’aux moindres orages,

Et devant qu’ils fussent éclos,

Les annonçait aux matelots.

Corrigé

Celle-ci prévoyait jusqu’aux moindres orages,

Et devant qu’ils fussent éclos,

Les annonçait aux matelots.

Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né?

Reprit l’agneau, je tette encor ma mère.

Corrigé

Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né?

Reprit l’agneau, je tette encore ma mère.

La raison du plus fort est toujours la meilleure;

Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Corrigé

La raison du plus fort est toujours la meilleure;

Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Fit-il pas mieux que de se plaindre?

Corrigé

Fit-il pas mieux que de se plaindre?

La lice, cette fois, montre les dents et dit:

Je suis prête à sortir avec toute ma bande,

Si vous pouvez nous mettre hors.

Ses enfants étaient déjà forts.

Corrigé

La lice, cette fois, montre les dents et dit:

Je suis prête à sortir avec toute ma bande,

Si vous pouvez nous mettre hors.

Ses enfants étaient déjà forts.

Patience et longueur de temps

Font plus que force ni que rage.

Corrigé

Patience et longueur de temps

Font plus que force et que rage.

Il tourne alentour du troupeau,

Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau.

Corrigé

Il tourne autour du troupeau,

Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau.

Est-ce à toi d’envier la voix du rossignol,

Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col

Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies?

Corrigé

Est-ce à toi d’envier la voix du rossignol,

Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col

Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies?

L’âne, s’il eût osé, se fût mis en colère,

Encor qu’on le raillât avec juste raison.

Corrigé

L’âne, s’il eût osé, se fût mis en colère,

Encore qu’on le raillât avec juste raison.

… À son réveil il trouve

L’attirail de la mort à l’entour de son corps.

Corrigé

… À son réveil il trouve

L’attirail de la mort à l’entour de son corps.

On voit bien où j’en veux venir.

Je parle à tous, et cette horeur extrême

Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.

Corrigé

On voit bien où je veux en venir.

Je parle à tous, et cette horeur extrême

Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.

28e Exercice

Dans cet exercice, l’élève rétablira les vers suivant les lois de la grammaire ou de l’orthographe, et fera connaître les raisons du poète.

Un chat nommé Rodilardus

Faisait de rats telle déconfiture,

Que l’on n’en voyait presque plus,

Tant il en avait mis dedans la sépulture.

Corrigé

Un chat nommé Rodilardus

Faisait de rats telle déconfiture,

Que l’on n’en voyait presque plus,

Tant il en avait mis dans la sépulture.

Dedans étant adverbe ne peut avoir de complément, il fallait mettre dans la sépulture; mais alors le vers serait trop court.

Un loup disait que l’on l’avait volé.

Corrigé

Un loup disait qu’on l’avait volé.

Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpe changeants,

Aux dangers, ainsi qu’elle, ont souvent fait la figue.

Le sage dit, selon les gens:

Vive le roi! Vive la Ligue!

Corrigé

Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpe changeants,

Aux dangers, ainsi qu’elle, ont souvent fait la figue.

Le sage dit, selon les gens:

Vive le roi! Vive la Ligue!

Camarade épongier prit exemple sur lui,

Comme un mouton qui va dessus la foi d’autrui.

Corrigé

Camarade épongier prit exemple sur lui,

Comme un mouton qui va dessus la foi d’autrui.

Il n’est pas besoin que j’étale

Tout ce que l’un et l’autre dit.

Corrigé

Il n’est pas besoin que j’étale

Tout ce que l’un et l’autre disent.

Dans Athène autrefois, peuple vain et léger,

Un orateur, voyant sa patrie en danger…

Corrigé

Dans Athènes autrefois, peuple vain et léger,

Un orateur, voyant sa patrie en danger…

Nous sommes tous d’Athène en ce point, et moi-même,

Au moment que je fais cette moralité,

Si Peau-d’âne m’était conté,

J’y prendrais un plaisir extrême.

Corrigé

Nous sommes tous d’Athènes en ce point, et moi-même,

Au moment que je fais cette moralité,

Si Peau-d’âne m’était conté,

J’y prendrais un plaisir extrême.

… Que sent-on?

Des peines près de qui le plaisir des monarques

Est ennuyeux et fade: on s’oublie, on se plaît

Toute seule en une forêt.

Corrigé

… Que sent-on?

Des peines près de qui le plaisir des monarques

Est ennuyeux et fade: on s’oublie, on se plaît

Toute seule en une forêt.

Qu’à chacun Jupiter accorde sa requête,

Nous lui romprons encor la tête.

Corrigé

Qu’à chacun Jupiter accorde sa requête,

Nous lui romprons encor la tête.

Il lève un peu la tête et puis siffle aussitôt;

Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut

Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.

Corrigé

Il lève un peu la tête et puis siffle aussitôt;

Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut

Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.

Ni loups ni renards n’épiaient

La douce et l’innocente proie.

Corrigé

Ni loups ni renards n’épiaient

La douce et l’innocente proie.

29e Exercice

Dans cet exercice, l’élève rétablira les vers suivant les lois de la grammaire ou de l’orthographe, et fera connaître les raisons du poète.

… Sa sotte flatterie

Eut un mauvais succès et fut encor punie.

Corrigé

… Sa sotte flatterie

Eut un mauvais succès et fut encore punie.

Dans les cinq premiers groupes de vers, on trouve encor pour encore, et c’est toujours parce que la mesure exigeait que ce mot n’eût que deux syllabes au lieu de trois.

Encor quand il tournait la tête,

J’attrapais, s’il m’en souvient bien,

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien.

Corrigé

Encore quand il tournait la tête,

J’attrapais, s’il m’en souvient bien,

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien.

Et quand je les aurais plus courtes qu’une autruche,

Je craindais même encor. Le grillon repartit…

Corrigé

Et quand je les aurais plus courtes qu’une autruche,

Je craindais même encore. Le grillon repartit…

Aussitôt notre vieille, encor plus misérable,

S’affublait d’un jupon crasseux et détestable.

Corrigé

Aussitôt notre vieille, encore plus misérable,

S’affublait d’un jupon crasseux et détestable.

C’est ainsi que le plus souvent,

Quand on pense sortir d’une mauvaise affaire,

On s’enfonce encor plus avant.

Corrigé

C’est ainsi que le plus souvent,

Quand on pense sortir d’une mauvaise affaire,

On s’enfonce encore plus avant.

Amour, tu perdis Troie! et c’est de toi que vint

Cette querelle envenimée

Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint.

Corrigé

Amour, tu perdis Troie! et c’est de toi que vint

Cette querelle envenimée

Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint.

Qu’as-tu fait de tes pieds? Au moment qu’elle rit,

Son tour vient; on la trouve…

Corrigé

Qu’as-tu fait de tes pieds? Au moment qu’elle rit,

Son tour vient; on la trouve…

Dans le moment qu’ils tenaient ces propos,

Le lion sort, et vient d’un pas agile.

Corrigé

Alors qu’ils tenaient ces propos,

Le lion sort, et vient d’un pas agile.

Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison?

Corrigé

Eh bien! lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison?

L’un et l’autre approcha, ne craignant nulle chose.

Corrigé

L’un et l’autre approchèrent, ne craignant nulle chose.

Si le possesseur de ces champs

Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle.

Corrigé

Si le possesseur de ces champs

Vient avec son fils, comme il viendra, dit-elle.

30e Exercice

Dans cet exercice, l’élève rétablira les vers suivant les lois de la grammaire ou de l’orthographe, et fera connaître les raison du poète.

Ne point mentir, être content du sien,

C’est le plus sûr: cependant on s’occupe

À dire faux pour attraper du bien.

Que sert cela? Jupiter n’est pas dupe.

Corrigé

Ne point mentir, être content du sien,

C’est le plus sûr: cependant on s’occupe

À dire faux pour attraper du bien.

À quoi sert cela? Jupiter n’est pas dupe.

Dans les trois premiers groupes de vers, on remarque la locution que sert, mise pour à quoi sert. Puisqu’on dit servir à quelque chose, le verbe servir ne devrait pas être précédé du mot que, dont la vraie signification est quelle chose, ainsi que cela est évident quand on dit, par exemple, que demandez-vous, que deviendrons-nous? Mais à quoi mis à la place de que donnerait une syllabe de trop pour chaque vers. Il faut remarquer d’ailleurs que l’usage permet quelquefois de dire que sert, que servirait, même dans le langage ordinaire; c’est un gallicisme analogue à ceux-ci: Les trois heures qu’il a dormi; les dix ans qu’il avait régné.

Hélas! que sert la bonne chère

Quand on n’a pas la liberté?

Corrigé

Hélas! à quoi sert la bonne chère

Quand on n’a pas la liberté?

Que nous sert cette queue? Il faut qu’on se la coupe.

Corrigé

À quoi nous sert cette queue? Il faut qu’on se la coupe.

Et les petits en même temps,

Voletants, se culebutants,

Délogèrent tous sans trompette.

Corrigé

Et les petits en même temps,

Voletants, se culbutants,

Délogèrent tous sans trompette.

Ni mon grenier ni mon armoire

Ne se remplit à babiller.

Corrigé

Ni mon grenier ni mon armoire

Ne se remplissent à babiller.

Il vous prend un levier, met en pièce l’idole,

Le trouve rempli d’or…

Corrigé

Il prend un levier, met en pièce l’idole,

Le trouve rempli d’or…

Le singe en fut chargé: l’on lui mit par écrit

Ce que l’on voulait qui fût dit.

Corrigé

Le singe en fut chargé: on lui mit par écrit

Ce que l’on voulait qui fût dit.

Lorsque le genre humain de glands se contentait,

Âne, cheval et mule aux forêts habitait.

Corrigé

Lorsque le genre humain de glands se contentait,

Âne, cheval et mule aux forêts habitaient.

Tu ressembles aux naturels

Malheureux, grossiers et stupides:

On n’en peut rien tirer qu’avecque le bâton.

Corrigé

Tu ressembles aux naturels

Malheureux, grossiers et stupides:

On n’en peut rien tirer qu’avec le bâton.

Sitôt que l’alouette eut quitté sa famille,

Le possesseur du champ vient avecque son fils.

Corrigé

Sitôt que l’alouette eut quitté sa famille,

Le possesseur du champ vient avec son fils.